Livre sculptural

Par sa critique de la réification, le moment conceptuel qui taraude tant les esprits en ces temps de « rétro-futur », peut être par nostalgie ou par invocation de l’esprit révolutionnaire et libertaire qui le portait, a amené le graphisme et singulièrement le livre dans le champ de l’art.
En 1966, Mel Bochner exposait des dessins « pas forcément artistiques » dans des classeurs plutôt qu’accrochés sur les murs. Sieth Siegelaub inversait l’ordre des informations « primaires » et « secondaires » et déclarait que le catalogue de la fameuse exposition January-5-31, 1969, réunissant Robert Barry, Douglas Hueber, Joseph Kosuth et Lawrence Weiner, « primait » sur l’exposition devenue « acolyte ». Le travail critique du collectif Art & Language devenait de l’art en se diffusant au travers du magazine-revue Art-Language. Avec Twentysix Gasoline Stations d’Edward Ruscha et Pense bête de Marcel Broodthaers, le livre d’artiste se dégageait de la tradition bibliophilique et de l’asservissement transparent au texte.
De nombreuses expériences ont depuis été menées pour confronter énergétiquement les deux espaces de médiation que sont le graphisme et l’espace d’exposition. Au delà de l’exposition de graphisme dans l’espace réservé jusque là à l’art (les M/M à Beaubourg, Peter Bilak et son Graphic Design in the White Cube…), on a pu voir des affiches, des journaux ou des magazines se poser en tant qu’espace d’exposition décalés, différés (Objects in the mirror are closer than they appear #3 dans le magazine 02 n°48…). On a pu voir des expositions de photographies au travers de leur médiatisation magazine (Pierre Leguillon et l’exposition Diane Arbus : Rétrospective imprimée, 1960-1971). Mais on a aussi beaucoup vu, depuis les années 80, les matières du graphisme et notamment le livre, ou plus récemment la ramette de papier, investir le champ de l’art ou investis par lui.
Ainsi, le les matières graphiques deviennent-elles sculpture (Livre-objet, Bookobject, Book-like object, Book sculpture) ou participent à des installations, articulant quelque peu leur caution conceptuelle en tant que contenus structurants à une présence manifeste et agissante, à l’heure ou la révolution numérique vient relayer l’âge de la « graphosphère » de l’imprimé.
De haut en bas :
Stefan Burger, Bohr problem, 2007
Sam Winston, Folded dictionary, 2004
Sacha Léopold, Sabotage, 2008
Margot Zanni, Terrasse, 2008
Marianne Vierö & Laurenz Brunner, Out of order, 2005
Hans Bernard, Paper sculpture, 2004 90×90x80cm, 750K
Anoukk Ruithof, Enclosed content chatting away in the color invisibility, installation de 4000 livres, 2009
Christof Migone, Millefeuille, 2006

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