Le graphiste démiurge, procédant par actes magiques…

En parcourant l’excellent blog d’Etienne Mineur que je n’avais pas visité depuis quelques temps, ma lecture s’est arrêtée sur le lien vers un article sur le graphisme publié par Articulo.ch, revue de sciences humaines qui a pour titre « Les avant-gardes et leur relation avec le pouvoir dans le champ du graphisme et de la typographie » dont l’auteur est Vivien Philizot, des Arts Décos de Strasbourg, rédacteur et graphiste de la revue Livraison.

Le temps me manque pour commenter ici l’article, très intéressant – merci Etienne – mais discutable. En bute sur la même question lancinante que je me permets de caricaturer d’une formule (pardon Vivien) : « Le graphisme d’auteur n’existe pas, un graphiste est un mercenaire quoi qu’il fasse et quoi qu’il en pense ».

J’ai également quelques soucis avec ce propos déterministe :
« De nos jours, le domaine du graphisme peut être abordé du point de vue, d’une part, des auteurs ayant capitalisé suffisamment de prix, commandes prestigieuses, sollicitations en matière d’édition et de publication de leurs propres travaux, et d’autre part, des semi-auteurs et des exécutants, alimentant le plus gros de la production graphique (catalogue pour des grandes surfaces, communication d’entreprise, publicité, etc.) et ne bénéficiant pas de la même reconnaissance. Il est inutile de préciser que chaque graphiste occupe ici une place distincte et distinctive au sein d’un espace toujours en mouvement, théâtre de luttes entre écoles, studios, agences, graphistes-auteurs, et sujet à des ajustements constants. Ces prises de positions ne sont bien évidemment pas le résultat d’un choix délibéré, mais plutôt le produit de contraintes externes au champ du graphisme, comme le contexte économique et l’inscription des agents dans un réseau de relations constitué dès le début du cursus dans le secondaire – Beaux-arts, université, Arts décoratifs, IUT – déterminant consécutivement la possibilité d’accès à des positions plus ou moins proches des élites, donc plus ou moins gratifiantes et reconnues, et autorisant la revendication d’une pratique d’auteur, libérée de toute contrainte. »

Par contre, l’article aborde de front les relations tendues entre typographie moderniste et fascisme et la volte-face opérée par Tschichold.

Bonne lecture

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4 commentaires pour ″Le graphiste démiurge, procédant par actes magiques…″

  • « Cédric Van Hove »
    le 5 mai 2008 a 22:28

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    …ailleurs sur ce blog… c’est le coup des chinois qui me fait peur… de quoi se méfier des travaux exhibés sur le net

  • « thierry chancogne »
    le 6 mai 2008 a 13:52

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    Il est clair que le déterminisme a toute sa place dans les parcours de chacun et pas seulement dans le contexte strict de la corporation dans laquelle on installe sa vocation. Mais chacun demeure fondamentalement libre et responsable de la façon dont il gère cette sorte de patrimoine.
    L’habitus chez Mauss ou Bourdieu est cette ’structure structurante’ qui intériorise les expériences sociales, familiales, culturelles, intimes… et les transforme en matrices d’actions. Le déterminisme ‘externe’, peut être même interne avec tout ce qu’on sait aujourd’hui de nos ‘programmations génétiques’ agit en interaction permanente avec notre inconscient et notre conscience, notre libre arbitre.

    La figure toujours plus ou moins héroïque de l’auteur s’inscrit, c’est vrai, en regard de la qualité de la commande et du commanditaire. Elle constitue effectivement une forme d’exception qui se détache de la pression généralisée d’un graphisme de rendement conforme ; une forme de luxe de classe. Mais c’est aussi une question de sincérité et d’exigeance intérieure.

  • « ryoji »
    le 6 mai 2008 a 19:06

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    Si j’ai bonne mémoire, sur son site web première monture tout en flash, l’Erg se targuait de former des graphistes « auteurs », non ?

  • « Renaud »
    le 6 mai 2008 a 23:41

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    Je résume cela d’une manière assez abrupte : on a les clients qu’on mérite… on n’est jamais mieux servi que par soi-même.