An-alphabets

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Le début du XXe siècle a été particulièrement obsédé par les entreprises de conditionnement de masse, de la propagande politique à la publicité commerciale, de la réflexologie de Wladimir Michailowitsch Bechterev ou de Ivan Petrovich Pavlov au behaviorism de John Broadus Watson et Burrhus F. Skinner.
La composition et le montage d’un film de Dziga Vertov ou d’une affiche de Alexandre Rodtchenko visent à une sorte de transmission de pensée, comme une forme de conditionnement visuel, une révolution de la perception propre à construire l’homme nouveau. Edward Bernays, double neveu de Sigmund Freud, invente le marketing et les relations publiques, en voulant exploiter l’énergie libidinale théorisée par son oncle, pour la mettre au service de stratégies d’influence publique, pour le compte de la firme commerciale Philipp Morris ou de la politique d’un Woodrow Wilson. Il veut « enrégimenter l’esprit comme les militaires le font du corps » et prépare la terminologie militaire mercatique et publicitaire de campagne, de cible, d’objectif… Il sera l’un des inspirateurs majeurs de Joseph Goebbels… Cette réflexologie, ce comportementalisme, cette influence libidinale ont amené l’idée d’une alphabétisation explicite des images. Images transparentes asservies au texte du pouvoir économique et politique. Images alphabétiques devenues outils techniques, armes, messages visuels parfaitement lisibles pour le commun des mortels et la ménagère de moins de cinquante ans.
Claire Nereim aime symétriquement ces signes justement analphabètes. Ces « analphabets » qui ne se réduisent pas à la médiation efficace d’un message à reconnaitre ou à ingurgiter. Ces présences qui nous apprennent quelque chose, par leur forme, leur proposition plastique. Mais ces propositions qui nous obligent aussi à apprendre quelque chose de l’expérience de leur béance, de leur faille, de leur manque ou leur excès. Ces graphismes d’information qui ont paradoxalement du mal à s’achever. Ces signes à la présence problématique, en formation, laissant, par l’informe, la réticence ou le mutisme, un espace pour leur achèvement actualisé dans la rencontre avec la perception d’un spectateur. Spectateur devenu acteur du texte de l’image…

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