École du regard

mvmtsoculagostini


Enfonçons des portes ouvertes : concevoir des images et par exemple des objets graphiques lisibles et visibles, c’est d’abord apprendre à voir ou plutôt à regarder. Il n’y a pas de différence fondamentale entre voir avec une certaine intentionnalité, y compris, du reste, l’absence d’intention à priori, et dessiner. La preuve, ce conseil rebattu du professeur barbu de nu qui nous enseignait à ne pas quitter des yeux notre modèle ou notre motif ; à ne pas regarder notre feuille. En quelque sorte à régler les mouvements de notre outil tracté sur le support et donc, traceur, sur les mouvements de nos pupilles.
C’est que, nous confirment les théoriciens de l’image et de la perception visuelle, dont Jacques Aumont : l’exploration visuelle est le procès d’intégration de « plusieurs fixations très rapprochées dans chaque zone fortement informative [du champ visuel exploré] et, entre ces zones un parcours complexe ». Parcours qui, s’il ne correspond pas à un « schème visuel » préalable comme par exemple le balayage systématique du scanner, rappelle furieusement la construction de la figure graphique elle-même. En quelque sorte, l’œil construit la figure qu’il capte selon un mouvement tout à fait analogue à la main qui la restitue. L’exploration perceptive du champ visuel est déjà une construction de l’ordre de la représentation.

C’est à cette concordance secrète et mystérieuse de l’œil et de la main que m’a renvoyé le beau projet eyewriter qui rend aux handicapés moteur la possibilité originelle de dessiner et d’écrire avec les yeux…

Merci à Benjamin pour ce lien.

illustrations : Jacques Aumont, L’image, Nathan, Paris 1990, p.41 et Franco Agostini, Les jeux visuels, Paris, 1987, p.68

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