écrire le son


Nelson Goodman nous explique qu’une catégorie d’œuvres quand elles sont copiées deviennent des plagiats, des excès, alors que d’autres ont besoin d’être traduites ou interprétées. Du moins qu’elles peuvent exister sous plusieurs états. C’est le cas de toutes les œuvres performatives, des œuvres de scène. Je me rappelle d’un musicologue pédant qui expliquait que la meilleure interprétation d’une pièce musicale était celle qu’il lisait directement sur la ou les partitions.

Dit de façon précisée : certaines œuvres dites allographiques, la musique, le théâtre… admettent en leur sein la diversité de forme et d’expression sans perdre de leur cohérence, de leur authenticité. Elles peuvent même exiger leur reproduction appelée par exemple interprétation, genre de copie nécessaire, pour rencontrer leur public. En quelque sorte elles ne peuvent pas se copier mais plutôt se jouer, s’enregistrer, se noter, bref, se présenter sous diverses formes de substitution.
D’autres œuvres dites autographiques, la peinture, la sculpture… tirent au contraire avantage de leur unicité. De leur certification en tant qu’artefact issu d’une source identifiée. Toute duplication est une imitation, un faux, une appropriation… une nouvelle proposition.
La question concerne autant l’intégrité de l’œuvre que l’autorité de son producteur.

Évidemment cette théorie est faite pour être subvertie, nuancée ou amendée. La désignation duchampienne, l’énoncé d’un Weiner ou la consigne d’une Yoko Ono font entrer l’allographique dans l’autographique. En tous cas en ce qui concerne les objets car les statements sont dûment signés, les ready made sont limités à des multiples au nombre circonscrit… La question des états d’une sculpture ou d’une gravure pose aussi problème. Sans compter les stratégies d’appropriation, de simulation, de réactivation, de référence, de parasitage…

Illustrations : Deux vidéos proposant des notations expérimentales des pièces sonores du musicien contemporain roumain György Ligeti et du scratcheur américain Rob Swift. Dans un élan très postmoderne confrontant références savantes et populaires, vous pouvez aussi mixer les deux sources…
Merci à Brice pour ces trouvailles.

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1 commentaire pour ″écrire le son″

  • « Thierry »
    le 28 avril 2010 a 8:17

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    Fabrice m’apprend que Robert Bringhurst défend l’idée que « la typographie est à la littérature ce que la performance musicale est à la composition un acte essentiel d’interprétation […] »