Isa Genzken > Ground Zero (2)

L’étonnante1 galerie Between Bridges à Londres présente ces interventions graphiques de l’artiste Isa Genzken (bâches : laque, film miroir, spray, adhésif, 2008).

Etonnante2 aussi est la correspondance visuelle entre les œuvres et ce portrait…

© Wolfgang Tilmans/Hauser&Wirth

Née en 1948, la berlinoise crée depuis plus de trente ans une œuvre aux multiples facettes qui progresse tantôt dans une direction, tantôt dans une autre. On y dénombre des sculptures et des installations, des photographies, des collages et des films. Le choix et l’association des matériaux auxquels elle assigne diverses fonctions ont une signification essentielle. Elle se les procure dans des grandes surfaces, des magasins de bricolage, des fournisseurs de matériels pour architectes. Autrefois, elle se servait de bois, de plâtre, de résines époxy et surtout de béton, les matériaux de l’ère moderne ; aujourd’hui elle se concentre sur le plastique, les matières synthétiques et des surfaces miroirs, ainsi que sur des biens de consommation : chaises design ou sièges de camping, vêtements, figurines kitch, poupées et animaux en plastique.
Arte

A la demande expresse de Guillaume :
1. Cette étonnante galerie à l’architecture si réduite et improbable — peu de murs, un escalier occupant l’espace angulaire d’exposition, peu de recul — n’en propose pas moins des œuvres de très belle qualité. Ses choix sont éclectiques tant du point de vue du style que de l’histoire. Elle exhume des artistes un peu oubliés ou rangés dans les tiroirs de l’histoire tel Sister Corita (pop) ou Charles Henri Ford qui édita entre autres le View Magazine durant les années de guerre (WWII) dont une couverture de Marcel Duchamp a fait la renommée. C.H. Ford dont les travaux graphiques des années 60 ont une forte résonnance contemporaine. Y présenter ces travaux atypiques (et à mon avis pas très attractifs) de la production d’Isa Genzken (Pavillon Allemand Biennale de Venise 2007) relève d’une belle détermination.
2. Etonnantes sont les similitudes des matières de la bâche pour les œuvres et du blouson de l’artiste, l’analogie graphique des XXL métal dans le bas des œuvres et la répétition des navettes des fermetures Eclair de la photo, les volutes montantes des glissières et des reflets du blouson font écho aux élans de spray (sans parler de la cigarette) ou encore la surface réfléchissante des lunettes comme accessoire externe et l’adjonction des bandes brillantes sur les œuvres, et enfin la présence de la main de l’artiste tant dans la photo que dans certains travaux…

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15 commentaires pour ″Isa Genzken > Ground Zero (2)″

  • « Guillaume »
    le 12 mai 2008 a 10:48

    -

    Un petit peu dérangeant de lire cet article juste après avoir lu celui-ci :

    Looking at design and judging design has as much to do with asking questions as giving answers. So before you decide to summarize your critique in one word with « interesting », ask yourself what you mean to say, then say it like you mean it.

    étonnant, intéressant…

    En même temps, c’est un trait commun à une large partie de la blogosphère design, que de manquer de critiques bien formulées, ou formulées tout court.

  • « Renaud »
    le 12 mai 2008 a 12:03

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    Un procès d’intention Guillaume ? Je me relis et ne trouve aucun emploi du mot « intéressant ». De toutes les manières TOUT est intéressant… à condition de connecter les choses les unes aux autres et de relever l’intérêt de ces connexions. C’est ce que l’on tente ici. C’est aussi pour cette raison que j’ai souhaité des focus et débats (patience) pour dépasser le flux communautariste.
    Mais tu as raison, l’analyse (toute subjective qu’elle soit) vaut mille références, mais la cohérence de ces références vaut aussi pour analyse.
    Et bonne suite à « Not a Music Band »…

  • « Guillaume »
    le 12 mai 2008 a 13:39

    -

    Non, pas de procès d’intention, ni de réelle critique non plus, juste un constat, une coïncidence qui m’amusait (si on remplace le mot « intéressant » par « étonnant ») et un brin d’overdose de culture internet en général. Tout le monde est curateur et public en même temps, ne sent donc plus le besoin de s’expliquer. Le curateur n’explique plus, il se positionne.

  • « Renaud »
    le 12 mai 2008 a 14:11

    -

    Que de désillusions pour un si jeune graphiste… Certains comme LP peut-être. D’autres au contraire soignent, polissent et astiquent leur médiation, comme Hans Ulrich Obrist par exemple…
    http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=983&menu=

  • « Guillaume »
    le 12 mai 2008 a 16:08

    -

    Non, justement, je n’en ai pas aux « vrais » curateurs, mais aux blogueurs-curateurs, autrement dit au public-curateur (allant de l’utilisateur de ffffound au blogueur à proprement parler). Si sur le fond il se défend; sur la forme, en revanche, il n’assume plus, du fait de ce double rôle, la fonction de vulgarisateur ou de simple critique. Il (se) positionne plus qu’il (ne s’)explique. Le positionnement prend le dessus sur la critique et l’analyse; et l’auteur se flatte plus qu’il ne sert le lecteur. C’est la mort du dialogue, dans son sens Platonicien. Comment répondre en effet à une sélection qui ne s’explique même pas.

    Au vu de l’importance du médium, nous serions déjà tentés dans notre travail de favoriser ce qui est « bloggable », ce qui donnera bien en jpeg plus qu’en taille réelle, ce qui plaira d’avantage aux graphistes qu’il ne servira son but premier. Tout aussi regrettable, nous sommes incités à donner plus d’importance au positionnement de notre travail qu’à sa justification intrinsèque.

    Restaurons donc une certaine culture de l’analyse qui va au-delà du geste de la sélection et du rapprochement, ou qui le complète.

    Une petit phrase peut faire des miracles.

  • « Renaud »
    le 13 mai 2008 a 7:43

    -

    Voilà, j’espère que miracle il y a, au sens platonicien du terme… :-)
    Merci Guillaume pour cette lecture attentive.

  • « Guillaume »
    le 13 mai 2008 a 10:39

    -

    Aaaah.

    Miracle il y a.

    Merci Renaud.

  • « Cédric Van Hove »
    le 13 mai 2008 a 12:21

    -

    Oui je préfère aussi, vraiment
    j’avoue que seul le lien entre la photo et les œuvres m’intéresse

    les œuvres en elles-même ne me disent rien malgré ma culture typographique, graffique (dans le sens graffiti) ou même plastique, en fait c’est le mélange des trois qui me dérange dans ce travail

  • « Renaud »
    le 13 mai 2008 a 12:34

    -

    Il ne faut jamais être perturbé par les « mélanges » sans quoi on en reviendra à la « pureté » dont on connaît les limites et surtout les dégâts…
    Et puis tant mieux, c’est bien en cela que c’est intéressant, ça résiste à la consommation immédiate, au (trop) bon goût convenu des graphistes.
    La beauté se cache derrière l’avenir…

  • « Benoît Brunel »
    le 13 mai 2008 a 16:09

    -

    Pour rejoindre ce que revendiquait Guillaume, je m’étonne surtout du foisonnement de blogs de la « génération MTV » où le seul critère de sélection et de description tourne autour du chouette, du tendance, du « fresh », du cool. Ces blogs qui s’extasient encore et encore sur des images vectorielles à explosions florales, dégradés de couleurs ou dédoublement symétrique. Le plus surprenant est que ces gens là ne sont pas seulement des spectateurs tiers, mais des graphistes. Je m’interroge sur l’image qu’ils apportent au/du graphisme, où le visuel doit être sympa avant de dire quelque chose, où on oublie le dialogue, la communication, le sens.

  • « Cédric Van Hove »
    le 13 mai 2008 a 18:45

    -

    c’est simple, il y a différents types de graphisme
    un graphisme « commercial » et un graphisme « artistique »
    Il ne faut jamais oublier que lorsqu’il s’agit de commande, c’est le commercial qui prime… le graphisme artistique ne touche bien souvent que les amateurs de graphisme ou les personnes ayant une certaine culture artistique, on sera souvent confronté à ce problème

  • « Benoît Brunel »
    le 13 mai 2008 a 19:48

    -

    Ce n’est pas qu’à des fins commerciales, justement, que ces gens produisent ce genre d’images vues et revues. Ils les font pour eux, croyant avoir un style à travers ce qui existe trop déjà. Des créations dénuées de sens et exposées sans analyses ? Une image surexposée, fausse et dangereuse de ce qu’est le graphisme ?

  • « Cédric Van Hove »
    le 14 mai 2008 a 11:21

    -

    http://www.….be
    comme celui-ci qui se rendra compte un jour qu’il fait toujours la même chose, c’est malgré tout un graphisme illustratif commercial… les clients viennent chez lui parce qu’il applique ce style… je pense que le magazine Manystuff parle des graphistes qui travaillent en réaction à ce type de graphisme

  • « Renaud »
    le 14 mai 2008 a 11:59

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    Cédric, je filtre… ce blog n’a pas pour objectif de stigmatiser… et puis pas « en réaction »… ils empruntent une autre voie…
    désolé

  • « Benoît Brunel »
    le 14 mai 2008 a 13:08

    -

    (Peut être y suis-je allé un peu fort moi aussi) Je ne crois pas que tout soit à jeter. Ce qui est inquiétant surtout, c’est la vitrine qu’on en fait partout, du formel trop souvent sans analyses, ou des mots vides pour tant de choses. Souvent derrière le « c’est cool », il n’y a pas grand chose.

    Enfin Guillaume a déjà dit tout ça.