L’Ymagier

ymagierymagier2ymagier3À la fin du XIXe siècle, comme le rappelle Olivier Deloignon dans un article très documenté de la revue Livraison #13, la typographie qui était, jusque là, engoncée dans des règles extrêmement contraignantes, accède à la liberté expressive et au statut de langage visuel. Elle retrouve alors ce que Deloignon définit comme le « contrepoint de l’oralité » que la typographie aurait perdu à l’âge classique dans la conformité à ses exigences de « lecture silencieuse » de « l’œuvre de l’esprit ».
La typographie correspondrait donc à cette sorte de métalangage qui se superpose au supposé strict et neutre texte. Elle viendrait rendre compte des « variantes libres » et des intentions du locuteur, de la musicalité plastique et expressive de son intonation, presque de ses mimiques et autres codes kinesthésiques posturaux ou faciaux. Bref, elle chargerait le texte, pour le meilleur ou pour le pire, d’une présence questionnante en soulignant l’opposition convenue et sans doute dépassable du rigoureux, abstrait et objectif texte mâle, et de la frivole, charnelle et émotive image dont le genre, évidemment inférieur, ne peut être que féminin…

Ce mouvement de redéfinition du textuel par le plastique, « physique et lyrique » connait, selon Deloignon, sa première expression manifeste, avant Stéphane Mallarmé, dans l’Ymagier symboliste de Rémy de Gourmont et Alfred Jarry (illustrations : l’Ymagier n°1, octobre 1894, avec les estampes originales de Whistler, Gauguin, etc.)

« Suggérer au lieu de dire, faire dans la route des phrases un carrefour de tous les mots. […] Confusion et danger : l’œuvre d’ignorance aux mots bulletins de vote pris hors de leur sens ou plus justement sans préférence de sens. Et celle-ci aux superficiels d’abord est plus belle, car la diversité des sens attribuables est surpassante, la verbalité libre de tout chapelet se choisit plus tintante ; et pour peu que la forme soit abrupte et irrégulière, par manque d’avoir su la régularité, toute régularité inattendue luit, pierre, orbite, œil de paon, lampadaire, accord final. »

Alfred Jarry Les Minutes de sable mémorial, octobre 1894

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2 commentaires pour ″L’Ymagier″

  • « Hervy »
    le 16 mars 2010 a 9:52

    -

    Jarry, (mon) premier héros graphique.

  • « marvin »
    le 16 mars 2010 a 11:17

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    merci !