DIALOGIC PARK I

DIALOGIC PARK I
Exposition transdisciplinaire d’architectes, artistes, designers et graphistes
Sam. 20.06.2009 — Sam. 25.07.2009
vernissage le Sam. 20.06.2009 à partir de 14h

BÉTONSALON
Centre d’art et de recherche
9, Esplanade Pierre Vidal-Naquet
(rez-de-chaussée de la Halle
aux Farines) – F-75013 Paris
Métro Bibliothèque François Mitterrand

THE PROCESS IS THE MESSAGE
« L’homme ne possède pas de territoire intérieur souverain, il est entièrement et toujours sur une frontière. »
Mikhaïl Bakhtine

« Nous savons que le mode de pensée ou de connaissance parcellaire, compartimenté, monodisciplinaire, quantificateur nous conduit à une intelligence aveugle, dans la mesure même où l’aptitude humaine normale à relier les connaissances s’y trouve sacrifiée… »
Edgar Morin

Si ce projet d’associer des pratiques artistiques connexes à l’architecture au sein d’une exposition commune s’est imposée à nous c’est surtout le fait des créateurs concernés euxmêmes. Non pas que le projet soit né d’eux mais bien parce qu’ils le rendent possible. C’est à plus de vingt-cinq créateurs que s’est ouverte la proposition d’intégrer cette plateforme interdisciplinaire. Et donc, en creux, à une génération émergente de Bruxelles et de la Communauté française de Belgique mais sans se prévaloir, loin s’en faut, de présenter un panorama ou un quelconque état des lieux. Ce serait même plutôt l’inverse. Le projet récusait d’emblée toute idée de montrer le travail des uns et des autres. Au contraire, il se proposait de mettre à distance, voire entre parenthèses, les pratiques et réalisations en cours de chacun.
À la suggestion de monter ce projet ensemble, j’ai conditionné ma collaboration à la constitution d’une plateforme collaborative dont la seule finalité serait une mise en exposition des pièces ou interventions créées pour l’occasion. Et de mettre les procédures au centre du dispositif et de la réflexion. C’est donc naturellement qu’on s’est adressé à certains plutôt qu’à d’autres, pressentant que ce retour sur leurs démarches et les échanges entre pratiques pouvait recouvrir une forme de désir.
Mais plus encore, c’est la porosité des pratiques qui est interrogée. Aujourd’hui, l’on n’est plus architecte, designer, artiste ou graphiste dans une limitation réduite au médium. Les champs d’interventions de chacun dans l’espace public – entendu ici aussi comme un espace mental partagé – s’augmente à mesure que la relation publique, le faire sens commun et habitable, s’étend. Il est frappant de constater à quel point cette génération s’interroge sur l’impact et la réceptivité collective de sa production et, partant, prélève aux sources les plus diversifiées et souvent inattendues les ingrédients constitutifs de son champ sémantique et formel. Ces élargissements productifs et référentiels lui permettent de glaner bien au-delà des conventions disciplinaires observées jusqu’ici rendant souvent caduques une catégorisation simpliste ou une nomination convenue de ses pratiques. Cette nouvelle étendue, qui pourrait sembler abâtardir un peu plus encore le rapport de l’art à la culture, ne procède ici – et c’est son coup de force – que dans la plus stricte rigueur conceptuelle et formelle. Ce qui peut aussi, dans ce projet, s’apparenter au paradoxe d’une certaine décomplexion belge à laquelle Rafaël Magrou fait référence.
Cette mise à l’épreuve sur la dalle collective du réel fait bien entendu suite au paradigme toxique qu’ont été le « branding » artistique et les subprimes culturels des « starships » architecturaux. Autrement dit, l’on assiste, momentanément – et à titre très provisoire – à un dépassement des figures d’autorité qui se sont succédées ces dernières décennies. Celle des prescripteurs d’ordres qui établissent les marchés comme l’est aujourd’hui, mais c’est déjà hier, le Collectionneur en figure de proue – pour exemple l’effet Pinault à cette Biennale de Venise 2009 –, ou avant lui la Marque, précédée du Musée, du Curateur, etc. L’épreuve du réel, et de ses impacts partageables, semble régir les pratiques mobiles auxquelles on assiste aujourd’hui. Elles s’inscrivent au-delà des pratiques orphelines des objets architecturaux globalisés et faussement émancipés de leurs localités ou de celles, célibataires, qui forgeaient une mythologie, shamanique à l’origine ou médiatrice actuellement, d’artistes supposés producteurs de valeurs. Cet accord tacite des dépassements d’un formalisme démiurge et de l’usage de slogans transgressifs à valeur symptomatique a rendu possible le dialogue autour des processus inhérents au travail de chacun sans ambitionner d’autre finalité que le dialogue lui-même entendu ici comme espace de l’altérité autant que de la complexité.

Dialogic
Le dialogisme, au sens de Mikhaïl Bakhtine, désigne les formes de la présence de l’autre dans le discours qui n’émerge que dans un processus d’interaction entre une conscience individuelle et une autre, qui l’inspire et à qui elle répond. Bakhtine l’inscrit dans une anthropologie de l’altérité, là où l’autre joue un rôle essentiel dans la constitution du moi. Nous héritons la langue d’autrui et les mots y restent marqués des usages d’autrui. Parler c’est donc être situé dans la langue commune et n’y avoir de place que relativement aux mots d’autrui. Selon Bakhtine, en effet, mon discours émane toujours d’autrui au sens où c’est toujours en considération d’autrui qu’il se construit.
Le terme réapparaît sous le vocable dialogique chez Edgar Morin où il devient un des principes de sa pensée de la complexité. Le principe dialogique « unit deux principes ou notions antagonistes, qui apparemment devraient se repousser l’un l’autre, mais qui sont indissociables et indispensables pour comprendre une même réalité ».
De même, Habermas usera du terme dialogique dans De l’éthique de la discussion quand il considère qu’il y lieu de dépasser le « monologisme » kantien de l’entente rationnelle de l’évaluation des normes qui régule la validité morale. Quand la différence ne s’oppose pas à l’unité, il n’est pas nécessaire de gommer les aspérités ni même les contradictions… Ce principe dialogique a régi l’élaboration de ce projet qui, pour certains, pouvait mener à la confusion. Mais en acceptant ce qui sépare les oeuvres d’une pratique à l’autre tant en termes de nature que d’enjeu, rien n’interdit d’accepter aussi de mettre à l’épreuve ce qui les relie. D’où la priorité mise sur la question des procédures qui, échangées, permettent à la somme des parties de constituer plus qu’un simple tout hybride, sans assignation artistique mais au contraire, un tout augmenté de qualités nouvelles et indépendantes. L’échange des « process » permet une mise en laboratoire de recherches expérimentales dont la résultante ne peut être anticipée en termes d’efficacité. Il nécessite en cours de recherche de valider ou de rejeter les expérimentations graduelles qui mènent à un dispositif final et crée des interactions complices ou conflictuelles, constitutifs d’une pensée au travail.

Park
Mais la pensée est aussi un jeu sur lequel les glissements sont possibles, exposer – et certainement en équipe –, en est un autre. En résonance, le quartier Masséna « Paris Rive Gauche », où est situé Bétonsalon, offre aux starchitectes français du moment une vaste cour de récréation. Nous avons soumis aux participants le désir de les associer en entités collaboratives au sein desquelles les différentes disciplines seraient représentées. Les quatre entités auront proposé, au terme d’une procédure forgée pour l’occasion, un dispositif, une oeuvre publique et une performance, une édition murale, un signe démultiplié. Les dialogues croisés entre disciplines auront été jubilatoires mais aussi marqués au coin du réel. Ce qui rend possible ces associations est la valeur culturelle ambitionnée par une nouvelle génération de créateurs. Ils questionnent les implications et ramifications spatiales en termes performatifs autant sociaux que culturels. Ces actions transformatives sont au coeur de l’exposition Dialogic Park I.

One
Tout processus n’en est un que s’il est reproductible. Il ne s’érige pas pour autant en modèle. Nous proposons le « One » comme une incitation à poursuivre le dialogue, à l’activer dans des cas concrets de réalisations architecturales comme dans de nouvelles plateformes de création collaborative. Ou, pour paraphraser Edgar Morin qui a accepté très courtoisement d’être notre « parrain spirituel », de constituer un produit producteur auto-organisé, qui n’appelle qu’a sa régénération paradoxale puisque visant à l’autonomie elle n’en est pas moins dépendante de son environnement. Plus notre esprit veut être autonome, plus il doit lui-même se nourrir de cultures et de connaissances différenciées qui lui permettent d’intégrer des modes de reliance plus que de séparation.

RH

————-

V+/SIMONA DENICOLAI & IVO PROVOOST/
SYLVIE EYBERG/DIANE STEVERLYNCK/
PIERRE HUYGHEBAERT

VAGUEMENT DÉPLACER UN ARBRE
« Vaguement déplacer un arbre » est un projet de sculpture publique : déplacer de moins d’un mètre un des magnolias en face de « Bétonsalon », sur l’esplanade des Grands Moulins – 13e arrondissement. Dans les années à venir, laisser grandir l’arbre déplacé à sa nouvelle place. Un cahier des charges élaboré diaboliquement atteste de la faisabilité et de la fiabilité de l’opération. Hier, nous avons reçu la confirmation du refus des autorités compétentes. Rendez-vous au vernissage !

JEAN-DIDIER BERGILEZ/NFA (NICOLAS FIRKET
ARCHITECTS)/BENOÎT PLATÉUS/ATELIER BLINK/
BOY VEREECKEN/HARRISSON

ÉLÉMENTS PÉRIODIQUES DE MÉTHODE
Cristallisation d’une forme d’errance anti-méthodique et pluri-arbitraire, le tableau ici produit emprunte pourtant à la science un type de représentation qui tend à la vérité universelle. Système de questionnement des systèmes, cette mosaïque de blocs-notes figure autant de mots-clés représentatifs de nos disciplines (ir)respectives, dissimulant un échantillonnage de mémoires sémantiques de chacun des six protagonistes. La valeur « périodique » du tableau est autant le fruit de l’aspect « instantané » de cet assemblage que de sa décomposition par l’effeuillage sélectif de l’audience, recomposant sa propre dialogie.

BAUKUNST–ADRIEN VERSCHUERE/
MARCEL BERLANGER/CHEVALIER-MASSON/
SALUTPUBLIC

CAPRICCIORAMA
Le jeu du croisement de disciplines a imposé le « capriccio » comme une évidence partageable. Le capriccio, en vogue au XVIIIe siècle, pose de manière aiguë une vision utopique d’une idéalité urbaine qui n’est pas sans rappeler le quartier Masséna Rive Gauche où, à l’inverse, Bruxelles dans ses excès. Un capriccio élaboré à partir de nos pratiques respectives s’étend en un écran panorama. Il sépare l’espace en deux et cristallise les notions de décor, d’artifice et de trame, prolongé par un Lyre Martin, spot mobile programmé, qui alternera les points de vue à travers l’installation.

ANORAK/XAVIER MARY/BIG-GAME/
PLEASELETMEDESIGN

A-CROSS
Proposée à l’échelle de la galerie et de la ville, l’intervention s’inscrit dans une tension affirmée entre abstraction et narration, dans l’idée d’un détournement introspectif et doucement autodérisoire. Les quatre disciplines convoquées – architecture, art plastique, design et graphisme – sont ici interrogées dans leur substance et leur registre d’application par le biais d’un vocabulaire de base commun – figure choisie plutôt qu’inventée – neutre, générique et abstrait : une croix blanche de 588 cm d’envergure. Celle-ci est déclinée à quatre reprises, évoquant par-là des situations archétypales et ponctuant l’espace de la galerie autant que son dehors.

digg-moi |

Transmettre





email-moi | imprime-moi