Rhétoriqueurs

Lorsqu’on envisage cette façon qu’a un texte écrit de venir s’inscrire avec une certaine conscience, une certaine intention, sur l’espace d’une page, on pense à une certaine tradition de la graphie moderne. Une graphie « on the self reflexive page » pour reprendre l’expression de Louis Lüthi, qui n’est pas forcément l’apanage exclusif du graphiste « écrivant » mais plus largement de l’écrivain.

Une généalogie de cette attitude de l’inscription rencontre l’écume et le chiffre cryptographique du texte Mallarméen, les magies du calligramme d’Apollinaire, mais elle n’évoque que trop rarement les jeux complexes des rhétoriqueurs.

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Avec les doux noms de Guillaume Cretin, Jean Lemaire de Belges ou Jean Bouchet, c’est d’abord à une façon de considérer le texte comme un terrain de jeu intrinsèque, dès cette première modernité de la fin du quinzième siècle plus ou moins français. Assonances, homophonies, acrostiches, équivoques, messages cachés et autres figures de l’énoncé et de son énonciation. Un formalisme littéraire de poètes de cour, un exercice intellectuel jubilatoire qui prend la langue — une langue étrange, ancienne et pourtant familière — comme matériau de travaux architecturaux et sémantiques.

On découvre alors d’incroyables cent mille milliards de poèmes bien avant la lettre, de merveilleux cryptogrammes réglés très avant qu’on s’ouvre aux potentiels de la littérature. Mais on assiste aussi, avec les rondeaux de Jean Marot, à une étonnante façon d’intégrer la géographie et les géométries du texte – au dessus, en dessous, entre – autrement dit, l’art de la composition typographique, au jeux de sens et de forme de l’expression poétique.

Illustrations :
1_ Paul Zumthor, Anthologie des grands rhétoriqueurs, 10 18, 1978, couverture de Pierre Bernard, homonyme du fameux grapusien qui me trompa ainsi que Philippe Millot et, paraît-il Karel Martens…
2_ Jean Molinet, Rondeau à lecture multiple, entre 1477 et 1492.
3_ Destrees, Vie de sainte Marguerite, 1501-1504.
4 et 5_ Jean Marot, l’homme dupé, recueilli en 1536, OEuvres de Clement Marot revûes et augmentées, Chez P. Gosse & J. Neaulme, La Haye, 1731
6_ Jean Marot, rondeau en rébus, 1506 ?

Merci à Jill

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