Tranché

motorheadmotorhead2livredepochecosaquesrougegorgedivinecomediebb01baghdadcallhardschoolbooksEspace sensible s’il en est, la tranche du livre est lieu presque chirurgical où le bloc d’ouvrage, soit la réunion des cahiers qui constituent le corps du livre, vient être égalisé par massicotage. Pas une tête qui dépasse.

La tranche est aussi un des lieux rhétoriques de l’expressivité des matières du livre. Pour le livre de poche des années 50, Pierre Faucheux joue la gamme colorée chatoyante et voyante, écho pop et accessible des tranches dorées à l’envi, gravées ou marbrées, du livre précieux ce bibliophilie (illustration 3).

Philippe Millot s’en souviendra, noir guerrier brillant pour la collection Cosaques (illustration 4), rouge éclatant mat dans la collection Rouge gorge des éditions Cent pages (illustration 4), référence chrétienne à cet oiseau qu’on dit teint d’une goutte de sang tombée du christ crucifié, référence organique au corps tranché du livre… Il produira aussi en 2008 avec son christ gisant imprimé en quadrichromie sur la tranche de certaines éditions du Concile d’amour (illustration 5), à la fois un écho à cette histoire de volatile et un étonnant remake de La Divine comédie que Faucheux réalisa en 1965 pour le Club des libraires de France (illustration 6).

Fanette Mellier poursuivra, toujours en 2008, dans ce sillage, pour Bastard Battle, son deuxième livre bizarre, l’opacité de l’objet livre façon monolithe noir 2001 Odyssée de l’espace ne tardant pas à sourdre d’étranges messages épiques (illustration 7)…

Mevis et van Deursen profiteront de la découpe dentelée des rotatives de journaux pour donner à leur Baghdad Calling, encore en 2008, une tranche proprement dramatique, entre actualité, chair de poule et scie de boucher (illustration 8 — merci Benoît —).

Dès 2007, les Hard school books de la Rietveld Academie imposaient leur électrique tranche jaune fluo, alors que l’ensemble des ouvrages bombé à plat, ouvrages côte à côte, laissait sur les couvertures, première quatrième et dos, une nouvelle marque manifeste des interrelations de collection (illustration 9).

Nord Compo Multimedia, qui ne nous avait peut être pas habitués à ce genre d’audace, signe l’éditions aux voyantes tranches ensanglantées du Dernier testament de Ben Zion Avrohom de James Frey chez Gallimard (illustrations 1 et 2).

digg-moi |

Transmettre





email-moi | imprime-moi

9 commentaires pour ″Tranché″

  • « 12 13 »
    le 30 août 2011 a 12:46

    -

    Elle a bon dos, la tranche http://aude-debout.fr/wp-content/uploads/2011/04/in-extenso-424×570.jpg

  • « Jérémy »
    le 30 août 2011 a 15:14

    -

    Une un peu osée
    http://www.taschen.com/media/images/640/default_ce_hefners_playboy_6_vol_box_06_0909011321_id_271565.jpg

  • « Thierry »
    le 30 août 2011 a 19:15

    -

    paysage fautif… :)

  • « L »
    le 2 septembre 2011 a 9:59

    -

    Sheila Hicks, Weaving as Metaphor
    Yale University Press, 2008
    Irma Boom

  • « Thierry »
    le 2 septembre 2011 a 12:15

    -

    Dans le même genre le Rainbow Park de David Lloyd Yun http://www.salutpublic.be/2ou3choses/a-decouvrir/rainbow-park/

  • « MU »
    le 3 septembre 2011 a 21:26

    -

    Ou dans le même esprit : http://www.marbledreams.com/

  • « thierry »
    le 21 septembre 2011 a 9:40

    -

    Et ça continue, encore et encore
    http://aleksandradomanovic.com/untitledstacks.html

  • « JAD »
    le 29 septembre 2011 a 11:23

    -

    Hello. Sait-on si il existe un programme capable d’appliquer à chaque page de mon doc le bout de forme qui donnera au final une forme sur ma tranche ? Question confuse peut-être. Pour des formes simples je pense qu’avec un peu de calcul c’est faisable mais pour des choses plus tordues bonjour la prise de tête. Chouette blog également. Merci merci.

  • « Jérémy »
    le 8 janvier 2012 a 14:01

    -

    On connaît aussi, sous le nom de tranche caméléon ou tranche grecque, un mode d’ornementation d’ailleurs peu usité, qui consiste, après que le livre a été rogné et couvert, à l’ouvrir, en rabattant le dos de manière que toutes les feuilles qui forment la tranche se dépassent l’une l’autre, et constituent un escalier à degrés très fins, Alors on met cette tranche en couleur, et lorsque celle-ci est sèche, on renverse le livre sur le plat opposé et l’on opère de même, mais en une autre couleur. Enfin, quand le tout est sec, on ferme le livre à l’état ordinaire; et on dore la tranche ou bien on la peint en une troisième couleur. De cette façon lorsqu’on ouvre le livre, la tranche parait tantôt rouge, tantôt bleue ou dorée, ou mélangée de ces couleurs.
    On fait aussi de cette manière des tranches où les dessins, les paysages, etc., n’apparaissent que lorsqu’on ouvre le livre

    http://media.photobucket.com/image/tranche%20livre%20cam%25C3%25A9l%25C3%25A9on/St_Lo/Gouttiere_magique.jpg