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Retour aux sources

FMP_frontbackwemadittavkeshtavkesh2ballandDominik Bachmann et Fabian Jenny (illustrations 1 & 2) cultivent un genre de retour aux jeux formalistes des avant-gardes du XXe. Un resourcement à la « vie des formes et des couleurs en elle-mêmes » avec une touche new wave à la Wolfgang Weingart qui rappelle au travail de refondation suisse de David Keshavjee et Julien Tavelli (illustrations 3 & 4) ou Ludovic Balland (illustration 5). Comme une réponse de l’autre pays de la typographie au « el zevier » modernisto-conceptuel soufflant des pays bas.

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Pâques

lapindinopicture-16picture-27picture-2picture-3picture-4Pour souhaiter à tous d’excellentes vacances de printemps, quelques images de De Luister van het Land le travail d’astronome iconographe de Koen Hauser à partir de la Spaarnestad Photo archive, une des plus grandes archives de photos de presse en Europe. Une collecte de près de 400 photographies qui donna lieu en 2008 à une exposition et une édition réalisée avec Bart de Baets. Travail de montage et d’activation de correspondances énergétiques, sensibles et narratives, au travers des punctum et des studium des constellations d’images et de sens.

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Pierre di Sciullo, conversation

stedelijkensaddanslarueRappel des faits, début 2009, Pierre di Sciullo remportait le concours de l’identité visuelle du Stedelijk Museum face aux studios hollandais Lust, Mevis et Van Deursen et Irma Boom Office et au français Atelier de Création Graphique mené par Pierre Bernard. 
Un concours un peu particulier. D’abord parce qu’il concernait un musée lui même particulier : emblématique d’une certaine sensibilité à la chose graphique. 
Tous les musées prestigieux des capitales européennes n’ont pas eu à leur tête un directeur qui, comme Willem Sandberg, soit en même temps le graphiste attitré du musée. Qui apparaisse à la fois comme un des inventeurs européens du musée ouvert contemporain et comme le défenseur d’une approche du graphisme comme possible démocratisation de l’art.
Tous les musées d’art moderne et contemporain n’ont pas constitué la collection de graphisme dont peut s’enorgueillir le Stedelijk. 
Ce musée est aussi celui qui employa longtemps Wim Crouwel, genre de père fondateur hollandais du fonctionnalisme artistiquement éclairé qui deviendrait aussi directeur de musée d’art moderne : le Bojimans van Beunigen de Rotterdam. Père fondateur que de jeunes studios reconnaîtront comme tel et père officiel de Mels Crouwel, l’architecte qui assume la rénovation du Stedelijk et qui participa au jury. Jeunes studios néerlandais comme, par exemple, Experimental Jet set qui assurera, non seulement la monographie de Wim Crouwel pour la galerie Anatome, mais aussi cette extraordinaire identité temporaire, quand le Stedelijk, alors en rénovation, était relégué temporairement dans un ancien centre de tri postal. 
Le Stedelijk est enfin ce musée qui a su repérer dans les pays voisins les mouvements influents et notamment ce musée qui repéra l’élan grapusien français en collaborant aux expositions historiques Ne pas plier, Michel Quarez et Pierre Bernard qui reçut justement le prix Erasmus en 2006 à Amsterdam. 
Un concours un peu particulier, pour finir, parce que, une fois que Graphic Thought Facility, le studio anglais, a décidé de se retirer, il opposait en quelque sorte deux traditions concurrentes et complémentaires du graphisme européen (en oubliant d’ailleurs un peu étrangement les peut être trop proches suisses) : la française et la hollandaise, et ce, dans un moment ou l’influence des créations hollandaise semblait prépondérante avec par exemple le Werkplaats de Karel Martens ou Mevis et Van Deursen, justement présents dans le concours. 

Une façon de présenter les bouillants latins plus ou moins dans le sillage grapusien comme seule alternative à ce nouveau El zevier. Ce que semblait confirmer à la fois la présentation de Pierre di Sciullo s’ouvrant sur l’opposition de photos des cristalines eaux néerlandaises et des eaux troubles du vitalisme gaulois et la justification du choix du lauréat par le jury présentant le travail de di Sciullo comme une « alternative évocatrice et dynamique aux formalisme des différents styles du modernisme tardif ».

Mais voilà, patatras, un an plus tard, Ann Goldstein, la nouvelle directrice du Stedejilk nommée après le concours, ne semble pas goûter la production qui résiste et remercie sans appel le studio français, alors que les travaux sont déjà bien avancés. De quoi discuter avec l’intéressé, Pierre di SCiullo, dans notre bon blog franco-belge ou belgeo-français.

_ Et bien, d’abord Pierre, peux-tu nous rapporter les faits : que s’est-il passé depuis ta nomination en tant que lauréat de ce concours à priori plutôt bien préparé. Comment en est-on arrivés là ?

Pierre di Sciullo
_ il semble que ce soit le résultat d’un conflit souterrain au sein du stedelijk, entre le board (le conseil d’administration) et le précédent directeur, Gijs van Tuyl. Le board, que je n’ai jamais rencontré, a précipité le départ à la retraite de gijs, et a immédiatement lancé le recrutement d’une nouvelle directrice. En attendant sa prise de fonctions, j’ai continué à travailler car mes interlocuteurs au musée m’ont assuré qu’il y aurait continuité. Mes relations de travail avec les multiples interlocuteurs, internes et externes au musée, ont toujours été fort bonnes et je crois que notre apport était apprécié. Durant toute l’année dernière il m’a fallu structurer la commande car à ma grande surprise j’ai découvert un commanditaire désorganisé, disparate, chaotique. En résumé, ils m’ont invité à la compet, ils m’ont choisi, j’ai bossé dur avec mon équipe et pour nous récompenser, on nous vire.

_ J’imagine de votre part de la surprise, de l’étonnement, de l’indignation, une forme d’attaque à votre amour propre. Et puis la fin de l’équipe de collaborateurs qui avait vraisemblablement du être créée pour l’occasion. J’imagine aussi que vous avez tout de même été rétribués pour ce travail de développement qui n’aboutira pas. 
Mais ce qui me frappe le plus dans cette histoire est sa dimension presque politique vis-à vis de la corporation du graphisme. On a l’habitude de se plaindre, dans notre cher pays, de l’incurie culturelle des commanditaires, de leur méconnaissance voire de leur mépris vis-à-vis de nos métiers. Les pays anglo-saxons, et la Hollande n’est évidemment pas en reste, apparaissent comme une sorte d’exemple à suivre : les pays du Design où l’on paie, comme chez le médecin, les rendez vous de consultation. Comment ressens-tu ce genre d’affront fait autant au métier qu’à l’investissement qui a déjà été engagé dans l’opération ?

Pierre di Sciullo
_ L’équipe est inquiète à juste titre. On est déjà passé de 7 à 4. Je ne prends pas de stagiaire actuellement par prudence. Ce que je ressens est tout simplement une immense déception, et une colère froide contre le conseil d’administration, ces responsables inconséquents qui, au Stedelijk, se querellent et dont j’ai été le jouet. Prenons les différents niveaux : le préjudice matériel et professionnel, le moral et le niveau collectif. Le préjudice matériel est direct et flagrant. J’ai adapté en quelques semaines au début 2009, l’atelier au projet et maintenant c’est la peau de chagrin. Sur le plan professionnel, j’aimerais un jour publier ce que nous avons fait, pour que les amateurs puissent juger sur pièce. Les relations de travail étaient bonnes avec nos multiples interlocuteurs au sein du musée mais ils gardent un silence prudent, probablement parce qu’on les a enjoint au silence, ou parce qu’ils craignent pour leur poste. Le moral est mon affaire personnelle : toute mon énergie tendue vers des éditions, des publications, des réalisations avortées, c’est le sentiment de gâchis qui domine, d’un partage qui n’aura pas lieu. Au niveau collectif, cette situation est perçue en France (et par moi) comme un manquement à la parole donnée et un danger pour nos rapports avec les commanditaires. La réaction hollandaise est toute différente. Libéralisme institué et culture du contrat font que beaucoup de collègues pensent que je dois être indemnisé et passons à autre chose. J’ai reçu plusieurs messages plus critiques pour l’ancien directeur que pour la nouvelle directrice : selon eux il n’aurait pas dû me recruter en fin de mandat, il est bien normal qu’elle me vire pour avoir les mains libres. Je trouve ce raisonnement inepte et absurde. Il y a aussi là, chez certains, une part de chauvinisme, clairement exprimé par Armand Mevis qui regrette qu’un français ait été retenu. Pour un graphiste qui travaille fréquemment à l’étranger c’est ridicule. Je ne crois pas avoir gagné par défaut mais les trois hollandais étaient dans la compet moins convaincants que d’habitude. Une autre chose explique peut-être le silence des collègues hollandais : la forme de la pétition, la sensibilité collective à travers un cas particulier, ne correspond pas à leur culture politique, je m’en rend compte trop tard. Mais je ne vois pas comment j’aurais dû m’y prendre pour les alerter : la prochaine fois qu’un graphiste hollandais sera traité comme un kleenex, il pourra se taire.

_ Je sais par les relais que j’ai eu de la part de mes anciens étudiants actuellement à la Rietveld qu’il y a eu au moins une certaine émotion du côté de la communauté française d’Amsterdam. À propos d’étudiants et puisque tu n’es en ce moment malheureusement pas à une indignation près, veux-tu nous parler un peu de ce qui se passe aux Arts Déco de Strasbourg où, à ce qu’on m’a dit, tu as posé ta démission ?

Pierre di Sciullo
_ voici ma lettre qui résume clairement mon point de vue :

« Monsieur le directeur,
[...] la transversalité, je n’en parle pas mais je la pratique, professionnellement et pédagogiquement. [...] L’opposition entre art et graphisme, je laisse cela aux ringards et aux incultes. Cette conviction de l’enrichissement mutuel des pratiques est partagée dans cette école par ceux qui voient plus loin que le bout de leur nez.
[...]
Je résume vos intentions pour cette section : diminuer de près d’un tiers le nombre d’étudiants, réduire considérablement les heures de chargés de cours, tarir les entrées d’étudiants en équivalence.
[...] Tout le monde s’interroge sur vos motivations, pourquoi vous entreprenez une telle saignée, nuisible pour l’ensemble de l’école. Car en vue de l’EPCC, les filières professionnalisantes sont particulièrement structurées en comm. La recherche aussi. Nos anciens étudiants d’illustration, de didactique et de graphisme, je les rencontre partout dans le milieu professionnel. Une majorité des candidats qui se présentent à notre concours d’entrée souhaitent entrer en comm, afflux qui irrigue la totalité de l’école. Comment croyez-vous qu’ils vont réagir en apprenant que les places seraient drastiquement réduites à Strasbourg, au moment où les autres écoles, tout au contraire s’efforcent d’augmenter leur capacité d’accueil ? 
A la mairie de Strasbourg et au ministère de la Culture, on se défend d’une quelconque restriction budgétaire. 
C’est pourquoi, Monsieur le directeur, vos projets pour l’option comm suscitent l’incompréhension et la colère parmi nombre d’enseignants et d’étudiants. Vous a-t-on conseillé ? Je doute alors que ce soit dans le souci de l’intérêt général.
[...] Le décalage entre notre réputation nationale et les conditions concrètes d’enseignement, est saisissant : locaux vétustes et exigus, pas de pôle impression dans le bâtiment, absence de connexion internet (on croit rêver…). 
La possibilité d’inviter des intervenants extérieurs (conférenciers, workshops) pour la comm est en régulière régression depuis 3 ans. 
Je ne peux cautionner cette dérive et c’est pourquoi je vous présente ma démission. J’honorerai bien entendu mon contrat jusqu’à son terme qui est l’année scolaire en cours. 
je vous prie d’agréer, Monsieur le directeur, l’expression de mes salutations distinguées »

voici maintenant une image (illustration 2) qui résume bien l’ambiance : cette porte est celle de l’annexe de l’ESAD de Strasbourg, où se trouve la vidéo, la labo art 3, la scéno et les 3 options comm : graphisme, illustration, didactique visuelle.

_ J’aimerais revenir, pour finir, à ta place dans le paysage du graphisme français. Je sais que tu n’aimes pas quand on te situe dans la galaxie Grapus, comme je me suis empressé de le faire… Même si tu es passé brièvement dans le collectif. Même si tu as monté, si je ne m’abuse, Courage avec le merveilleux Vincent Perrottet et Pierre Milville, tu apparais effectivement dans une filiation que tu t’es choisie ailleurs que dans l’école de Paris de l’organicité et de la pictorialité. 
Même si ta pratique cultive, sur un mode intellectuel, libertaire et critique, un goût de l’humour et du politique qu’on retrouve évidemment chez Grapus, tu m’es toujours apparu plus proche de la tradition moderniste. Une tradition que semble retrouver d’ailleurs Vincent dans ses dernières productions.
J’ai été frappé de la proximité de ton travail avec certains travaux de Cassandre (illustration 3). On ne peux s’empêcher de penser avec tes Quantanje ou tes Sintetik aux universalistes écritures systématiques de Schwitters ou opto-phonétique de Tschichold, la distance nostalgico-critique en plus. On sent chez toi ce même goût de la typographie expressive et ludique… C’est, du reste, si j’ai bien compris, ce qui avait motivé en partie ton choix au Stedelijk. Cette proximité avec le travail de Sandberg.

Pierre di Sciullo
_ Mon travail n’est pas grapusien, ni formellement ni dans l’esprit, j’insiste.
Pourquoi j’insiste : parce que j’admire les Grapus. Parmi leurs émules, celui qui tire le mieux son épingle du jeu c’est Vincent, ce cher ami et formidable graphiste. Quasiment tous les autres y ont laissé des plumes, ou n’ont pas su / pu épanouir leur écriture de façon convaincante. Plastiquement les héritiers de Grapus ce sont les M/M, et ce n’est pas un hasard s’ils s’expriment dans deux champs délaissés par les grapus : la mode (par idéologie) et l’art contemporain (par méfiance et par erreur tactique, considérant qu’ils sont des artistes eux-mêmes-les Grapus veux-je dire)
j’ai travaillé 6 mois avec Pierre Bernard, j’avais 28 ans, il m’avait proposé de développer le Minimum Bong pour l’auditorium du Louvre qui n’en a pas voulu. C’était une période délicate pour Pierre, Gérard, Alex et Jean-Paul : la transition de Grapus vers leurs ateliers respectifs; la gestion des dettes, la question des signatures et surtout des divergences majeures sur les buts et les enjeux. Dans ce contexte conflictuel j’ai observé, certes, mais on ne peut pas dire que ma formation vienne de là, ce serait inconvenant pour ceux qui ont réellement participé à l’aventure grapusienne dans la durée.
Je ne crois pas me situer dans la veine politique des Grapus. Leur action politique était directe, militante, ils travaillaient pour le PC, la CGT, des villes coco. Je me méfie des slogans, et dès qu’un mec dis « ce qu’il faut bien comprendre » ou « ce qu’il faut savoir » je suis sur mes gardes.
Tu sais que j’ai dessiné sur une affiche « identité flottante », une image d’ailleurs dédiée à Vincent. Et conçue pour contrer cet affront, un ministère de l’identité nationale. Un être, comme une nation, quand il est en bonne santé, a l’identité qui flotte, qui bouge, qui change en permanence. En conséquence dans le paysage j’occuperais plutôt la place d’un lièvre ou d’une belette, enfin un truc qui sautille… c’est-y pas champêtre et sémillant ?
Quand j’avais 22-23 ans, j’ai frappé à la porte de quelques graphistes avec un numéro de Qui ? Résiste sous le bras; ils m’ont accueilli chaleureusement, m’ont encouragé, donné des conseils, ont provoqué de nouvelles rencontres. Il s’agissait de François Fiévé, des Grapus, de Roman Cieslewicz, Polymago, les Thérèze Troïka, etc. C’était mon diplôme en quelque sorte. Et j’ai été saisi par la gentillesse de l’accueil, comment cette communauté m’a volontiers ouvert ses portes.
Pour ce qui est des influences et références, je suis d’accord avec toi : les avant-gardes historiques, les années 30… je suis en train d’en sortir il me semble. J’arrive doucement aux années 50 ! à ce rythme dans 30 ans j’aurais rattrapé le présent…

illustrations :
1_ Sing Pierre di Sciullo 2010
2_ Vue de la porte de l’annexe de l’ESAD de Strasbourg
3_ A. M. Cassandre Le spectacle est dans la rue, première de couverture, 1935

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Étienne Hervy, conversation

FormulairechaumontLe 21e Festival de l’Affiche et du Graphisme de Chaumont vient de lancer le sujet de son traditionnel concours étudiants (le formulaire d’inscription est téléchargeable ). Une 21e qui se doit de faire date, après une précédente édition plutôt rétrospective et attendue, et les rumeurs tenaces de l’imminence du passage de témoin de l’ancienne équipe, avec ses personnalités éminentes et historiques du graphisme d’auteur et de l’utilité publique à la française. Une 21e qui sera effectivement dynamisée par les promesses de la création inédite d’un nouveau Centre International du Graphisme et par la nomination d’un nouveau président.
Pour présenter les nouvelles dynamiques de ce qui demeure, après les événements du Lux et aux côtés des rencontres basse-définition des Beaux Arts de Valence, du K3 de Lorient ou des saisons graphiques du Havre, le festival français du graphisme, quoi de mieux que de questionner son nouveau président, Étienne Hervy, qui est déjà le rédacteur en chef d’Étapes :, le magazine français du graphisme et de la culture visuelle ?

— Et bien, pour commencer un peu directement, où en est-on de l’équipe du festival de Chaumont ? Quelles sont les nouvelles têtes et les nouvelles fonctions ?

Étienne Hervy
— Pour ce qui concerne l’équipe, je vais te décevoir : une seule nouvelle tête : la mienne, chargée de diriger le festival et le pôle graphisme ainsi que de piloter la préfiguration du CIG (Centre International du Graphisme). Bien entendu, la subtilité est de mettre toutes ces activités en synergie. Cela ne va pas durer : nous allons compléter l’équipe existante par un chargé d’exposition et une personne à même de valoriser nos actions et de ménager des échanges avec les institutions françaises et étrangères. Ensuite, il y a un passage de relais en ce qui concerne la délégation générale et la direction artistique du festival, mais sur place à Chaumont, l’équipe de l’association et celle du pôle graphisme, les personnes en charge de la conservation et de l’indexation des collections restent en poste. Pour le festival, nous allons dès le mois de mars arrêter le choix du directeur artistique invité pour l’édition 2011 et continueront sur ce système d’invitation pour les années à venir. Bien entendu, on s’attache ici à renouveler les références de la programmation.

— Ce qui veut dire que la direction artistique est toujours assurée par le trio grapusien historique : Pierre Bernard, Alex Jordan, Vincent Perrottet, contre les rumeurs qui circulaient lors du dernier festival ?

Étienne Hervy
— Pour cette année, c’est moi qui assure la direction artistique, afin d’adapter la programmation du festival au calendrier imparti par la date de mon arrivée à Chaumont et de mettre en place un fonctionnement transmissible au prochain directeur artistique.

— Justement, comment situes-tu ce nouvel élan du festival par rapport à cet héritage du graphisme français sous influence grapusienne qui caractérisait, pour beaucoup, au moins l’image de l’événement jusque alors ?

Étienne Hervy
— D’abord, toi, que penses-tu de ça ? Je suis aussi là pour entendre les opinions argumentées sur ce que peut être un tel festival et sur la monstration du graphisme aujourd’hui. Pour répondre à ta question, je crois que le plus grave est un problème d’image. Mais les graphistes sont bien placés pour savoir que les problèmes d’images sont des problèmes concrets. GTF, le Werkplaats Typografie ou Toffe, tout ça n’a rien de Grapusien. Il paraît qu’on aime bien les étiquettes dans ce pays. J’imagine qu’il s’en trouvera pour dire que Chaumont fait désormais du étapes:.
Aujourd’hui nous devons mener un savant équilibre de continuation/évolution d’une manifestation dans sa 21ème année. Il faut prendre en compte son ADN en même temps que la réalité contemporaine du graphisme et aussi la perspective du CIG. D’où le thème du concours étudiant : Le Graphisme, qu’est-ce que c’est ?. S’il y a une question à laquelle un étudiant en graphisme doit se confronter c’est celle là et la génération actuelle d’étudiant à de la chance : le graphisme français est passé d’un questionnement politique à un questionnement critique. Les blogs, les revues, les créations elles-mêmes en attestent et Chaumont festival et le CIG ne sont pas en reste. Il faut questionner, reposer à nouveau les questions déjà posées pour savoir si les réponses ont changé, questionner de nouveaux fronts et questionner différemment.

— Bien sûr que le festival de Chaumont s’est ouvert à la création graphique exigeante dans sa pluralité. Reste qu’au delà des questions d’image, son équipe était concrètement composée d’influents anciens grapusiens qui ont logiquement orienté ses options esthétiques. Ce qui, du reste, est tout à fait normal au regard de l’importance historique de ce groupe qui a indéniablement revigoré le graphisme français face au style international sclérosé de la toute fin des années 60, et dont on peut trouver une influence chez nombre de graphistes récents voire émergents, et par exemple chez Toffe… Ce que j’ai appelé l’école de Paris ou le penchant organique qui dépasse à mon avis pas mal la question du graphisme politique.
Mais pour revenir au concours, je vois cette thématique à la fois comme une proposition un peu généralisante, style « aujourd’hui, graphisme libre ! », comme une tentative de questionner la dimension auto-réflexive du graphisme qui est aussi sa part la moins servile, et enfin, comme une façon de questionner les fondamentaux, comme on dit en sports collectifs, pour repartir sur de nouvelles bases.
Pour revenir à mon rôle de composition d’interviewer / inspecteur Derrick : Comment envisages-tu cette nouvelle ère du festival et son articulation à cette structure si nécessaire et attendue du Centre International du Graphisme ?

Étienne Hervy
— Je ne te donne pas tort sur le sujet du concours : par définition, un tel sujet est tout ce qu’on y voit, bon ou mauvais. Pour ma part, en le donnant comme thème, je donne ma réponse : c’est une discipline de création, capable de porter un sujet (en choisissant ou non de le subvertir), une discipline à même d’être présentée en tant que telle, c’est-à-dire exposée, en même temps qu’elle manque de reconnaissance et qu’une partie du public à bien besoin d’une réponse à cette question (si nous parvenons à initier chez eux cette interrogation, nous aurons joué notre rôle). Enfin, le graphisme est une discipline qui, pour être pratiquée avec succès, doit l’être par des personnes qui auront trouvé et porté leur propre réponse à cette question. Elle n’est certainement pas anodine : sans cela, elle ne serait enseignée dans des écoles d’art.
La nouvelle ère du festival commence par un planning aussi serré que le plus noir des cafés italiens. L’articulation avec un lieu va consister en une salutaire répartition des tâches. Le festival n’aura plus à tout faire, tout couvrir et présenter des choses produites dans le seul recul de sa préparation. Il ne sera plus le moment obligé pour une exposition d’ampleur. Il pourra être le lieu de l’expérience, celui de la fête aussi, et s’appuyer sur la profondeur permise par le lieu et la mise en synergie des équipes du festival et du pôle graphisme.
Pour cette année, des exemples concrets se dégagent : en parallèle du concours international, une sélection de 10 à 15 affiches françaises va être dégagée par un jury indépendant. Ce qui permettra à une affiche française d’être retenue aussi bien dans la sélection française que dans la sélection internationale. L’ambition avec cette sélection est la même, appliquée à la communication, que celle d’un concours des plus beaux livres : permettre un travail sur la qualité et l’évolution de la commande. Pendant l’année qui va suivre, cette sélection sera travaillée par le pôle graphisme en tant qu’exposition itinérante (où les affiches seront accompagnée des autres pièces réalisées pour cette commande). Nous allons documenter ces productions par des entretiens avec les graphistes et leurs clients et tout cela devra, in fine, constituer un laboratoire qui fasse évoluer le concours international d’un concours d’affiche vers un concours plus en phase avec les états contemporains du graphisme de communication.

— Sur la question toujours complexe de l’exposition du graphisme, on peut parfois entendre, venue du milieu de l’art, des reproches centrés sur le fait de trop singer l’exposition artistique. De toujours se focaliser sur les langages, les styles, les auteurs, les mouvements et pas assez sur les domaines ou les commandes, soit la spécificité consentie de cet art appliqué. On pourrait par exemple, selon cette approche, exposer la signalétique muséale étasunienne, le packaging japonais, que sais-je, une étude de cas type concours comme vous le faites du reste dans étapes. Que penses-tu de ce type de posture ?

Étienne Hervy
— Que nous essayons d’accueillir cette année une exposition déjà produite sur une très belle commande et travaillons à la production pour 2011 d’une exposition du même ordre. Nous aurons aussi une exposition (sur panneaux) d’études de cas de créations graphiques fluides/dynamique. Avec cette dernière, nous sommes dans un cas d’école : les panneaux ne sont évidemment pas la solution d’exposition idéale en même temps que ces projets se prêtent difficilement aux solutions classiques d’exposition. Le CIG devra être à même de répondre à cette question. D’y répondre par le graphisme et la scénographie, mais aussi par des point de vue curatoriaux renseignés. Oui, le graphisme doit connaître, comprendre et assumer mieux ses spécificités, mais ça ne doit pas l’empêcher de s’assumer comme discipline de création enseignée dans les écoles d’art (je l’ai déjà placée celle-là non ?). Maintenant, le reproche des plasticiens me fait sourire, d’abord parce que quoi qu’on en dise, les expositions de graphistes en centre d’art sont plus convaincantes que les interventions de plasticiens au centre des carrefours giratoires, ensuite parce que l’histoire de l’art nous apprend que les musées sont remplis de pièces d’abord conçues pour être fonctionnelles et officielles avant d’être exposées pour elles-mêmes.

— Pour revenir au Centre et aux comparaisons culturelles toujours sujettes à tensions et à implicites hiérarchiques, dans le domaine des arts plastiques, les Centres d’Art sont plutôt des lieux de création et d’expérimentation, pas forcément situés dans les capitales régionales, laissant la part plus institutionnelle de monstration et de démonstration aux grands musées nationaux. Évidemment, l’infrastructure naissante du graphisme est dérisoire, comparée à cette machinerie, mais comment le CIG va-t-il se positionner vis-à-vis de ce type de fonctionnement ? D’autre part comment le Centre va-t-il s’articuler au Pôle du graphisme qui existe déjà sous la direction de Christelle Kirschtetter ?

Étienne Hervy
— Tu réponds toi-même à la question : nous serons un lieu de création et d’expérimentation, une base arrière à même d’organiser des projets de fonds dont la visibilité passera par de plus grandes villes en même temps que la situation du graphisme en France, les 21 ans de graphisme à Chaumont, amènent au constat que nous devrons assumer le rôle d’institution du graphisme. En phase de préfiguration puis de fonctionnement, le CIG devra poursuivre l’action locale et régionale du pôle graphisme (nous savons l’importance du contexte sur le graphisme et réciproquement) et trouver les moyens de prolonger dans les autres régions ces actions. Cela concerne un premier niveau avec des partenaires comme la région, le département, la DRAC et l’éducation nationale. Un second niveau existe bien évidemment sur les plans nationaux et internationaux avec des projets spécifiques (création, exposition, recherche), mais aussi par la diffusion et la mise en visibilité du résultat des expériences intiées au niveau régional. Un exemple simple : la résidence de Lieux Communs au Lycée Professionnel du Haut du Val : un financement complémentaire à permis la production d’un ouvrage restituant le travail des lycéens. Il faudra pouvoir faire plus : documenter ce travail de façon à ce que d’autres résidences de graphistes soient initiées dans d’autres établissements comparables ailleurs en France.

Pour conclure, je m’autorise un démenti sur l’introduction de notre conversation, je ne suis plus le rédacteur en chef d’étapes:. Je quitte le magazine heureux de mon bilan et de l’état dans lequel le trouvera la personne qui va me succéder. Il est désormais possible d’y rencontrer, en plus des textes signés par les incontournables français et étrangers, des textes signés par des graphistes et mis en page par eux. À qui le tour après Pascal Béjean et Guillaume Grall ? Mais là aussi, il va falloir réinventer. Au suivant.

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Interruption des programmes

mirecanon-g10-mireISO-f56-80isoVeuillez nous excuser de cette interruption momentanée des émissions indépendante de notre volonté…

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Never(s)land

gif-NEVERS10 ans après Never Mind, le workshop mené par Toffe à l’Ésaab, officeabc, soit Catherine Guiral et Brice Domingues, proposeront au Dsaa première année de l’école le workshop Never(s)land, sur le thème de l’utopie ou de l’uchronie : l’envers de Nevers, la ville qui n’existe pas, qui n’existe plus, qui n’existe pas encore…
Le workshop se déroulera durant la première semaine de mars 2010. Il débouchera sur une exposition des travaux, le samedi en soirée, à la galerie Arko, puis se conclura par une soirée électro au Café Charbon autour de la musique d’Andrew Sharpley, Kurt Dolto et Ceephax, et des Vjing expérimentaux de Manuel Zenner, Thibaut Robin et Sacha Léopold
Illustration : le flyer de la soirée par Sacha et Thibaut, soit Sabot !

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Vacances d’hiver

6832686477179501Quelques photographies de Joël Tettamanti pour souhaiter à toutes et à tous d’excellentes vacances d’hiver…

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La santé surtout

voeuxlezard3voeuxlezard4voeuxlezard5voeuxlezard2voeuxlezardJe profite des vœux réalisés par Mathias Schweizer pour le compte de l’excellent sérigraphe starsbourgeois Lezard graphique, en hommage aux house of cards du couple Eames, pour vous présenter ceux de 2 ou 3 choses très en retard. Et la santé surtout…

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Inquiétudes à l’Ésad

WSliemburgL’inquiétude monte du côté de Strasbourg autour d’une réduction drastique des effectifs de la section communication de l’Ésad, menacée par le projet de « rééquilibrage » peut être plus budgétaire que pédagogique, défendu par la direction. Plus d’information (évidemment partisane) ici et une pétition en ligne
Illustration : le workshop mené par Harmen Liemburg en décembre 2009 à l’Ésad

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Diagonales

fugueKA-Bad07-2_bblackchordsoctodons-Stephane-Vignydblaisdblais2On sait les rapports du son et des arts plastiques étroits depuis une modernité qui alla chercher, dans ce qu’on considérait comme une abstraction sonore, les moyens de sortir de la tyrannie de la littéralité et de la mimesis (illustration 1 : Henri Nouveau Représentation plastique de la fugue en Mi mineur de Jean-Sébastien Bach, 1928).
La musique n’a jamais vraiment quitté le champ des arts visuels, mais elle y est réapparue, il y a quelque temps déjà, avec une force renouvelée, en devenant le ressort ambigu d’une culture populaire fascinante, avec toute l’épaisseur attirante-repoussante mais aussi « fétichisante » du terme : entre muzak corrompue aux stratégies lénifiantes de la célébration de la civilisation de la marchandise (illustration 2 : Kristoffer Akselbo Bad, 2007), culture rock toujours plus ou moins rebelle et romantique (illustration 3 : Saâdane Afif, Black Chords plays Lyrics, 2007), et plus récemment culture club (illustration 4 : Stéphane Vigny Octodons’mix, 2003, Octodons vivants, platines et mixette). Une culture club qui voulait, en remixant Steve Reich ou en mariant Pierre Henri et Lee Scratch Perry, dépasser les oppositions culturelles savantes et populaires tout en renouant, via le sample appropriationniste, la performance, l’expérimentation processuelle et le retrait de l’auteur vis-à-vis de la machine, du flux et de l’événement, avec les stratégies émancipatrices de la fin conceptuelle et contre-culturelle des avant-gardes.

Même si on retrouve des traces plus ou moins mêlées de ces approches dans les pratiques récentes, on voit maintenant de nouvelles convergences se créer entre images et sons avec une génération d’artistes moins référentiels qui se ré-emparent du matériau énergétique sonore en lui-même, et de ses appareillages techniques nécessaires, dans le champ des arts plastiques. Ainsi un Pascal Broccolichi, un Céleste Boursier-Mougenot, un Dominique Blais (illustration 5 et 6 : Christian Marclay et Gunter Muller « Vitalium » 1′44 (1994), 2009, Poudre de fusain sur papier puis Distorsions Spectrales 2008, Platine, disque en altuglas, aimants, ferrofluide), un Pierre Laurent Cassière, entre autres, recherchent dans les manifestations sonores, dans leurs dispositifs techniques et dans leurs lieux de diffusion, l’expression d’une énergie plus autonome susceptible de réactiver le champ des arts plastiques.

C’est sans doute dans cet intérêt renouvelé du visuel pour le musical qu’il faut inscrire la prochaine opération d’envergure du Cnap : Diagonales : son, vibration et musique qui proposera, en 2010-2011, un parcours inédit d’expositions dans dix régions en France, de l’Aquitaine à la Lorraine, ainsi qu’en Belgique et au Luxembourg : de L’École Supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne à La Box, espace d’exposition au sein de l’École nationale supérieure d’art de Bourges, en passant par le Centre d’art du Parc Saint Léger, le Centquatre mais aussi le Festival international d’art sonore City Sonics de Mons, l’Institut Supérieur d’Étude du Langage Plastique de Bruxelles ou le Musée d’art moderne Grand-Duc Jean du Luxembourg.

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