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Brno1Brno2Brno3Brno4Brno5Brno6BrnoannexBrnoannex1Brnoannex2Brnoannex3apple-ipod-nano-4g-2cubecanaldvdv-whiteflagdiscoursejohnmaeda06Le 11 septembre 2009 à 22:31, catherine guiral a écrit :

Si j’essaye de synthétiser voir de sublimer ces échanges pongistiques je serais tentée d’utiliser un raccourci heureux (ou malheureux) sous forme de question : existe-t-il un style fonctionnaliste ?
Immédiatement ce point d’interrogation, qui pourrait encore se faire autre point d’ironie, fait surgir deux pistes : l’une certes philosophique, l’autre plus historique et déjà empruntée au cours de ces échanges et qui s’agrémentera d’un bonus-track ping pour le plaisir comme dirait l’ami Herbert.

La première piste empruntée serait celle de prendre le mot ‘fonctionnaliste’ comme un adjectif et de le faire se frotter à la philosophie, “point singulier où le concept et la création se rapportent l’un à l’autre” (G. Deleuze, Qu’est-ce que la philosophie ?).
La philosophie a eu maille à partir avec la notion de fonctionnalisme qui considère l’esprit comme une machine et s’inscrit dans le territoire des recherches en intelligence artificielle. Le fonctionnalisme est alors défini comme une théorie qui décrit l’esprit en terme de relation causale. Serait donc fonctionnaliste ce qui définit et est régi par le principe de cause à effet.
Dans son article, Through a Spinozist Lens : Ethology, Difference, Power sur le travail philosophique de Gilles Deleuze (1), Moira Gatens intitule un de ses paragraphes ‘Form and Function’ et fait référence à Michel Foucault qui, dans Les Mots et Les Choses, spécule que les sciences humaines peuvent être décrites par une triple relation à la biologie, l’économie et la philologie (i.e. le savoir spéculatif du trio vie, production et langage). Pour Gatens, une telle spéculation, en particulier dans le champ de la biologie, produit un savoir sur l’être humain qui se base à la fois sur les normes et les fonctions. Toute forme possède donc une fonction (2). Poussons volontairement le bouchon et imaginons que si un style est fonctionnaliste alors cela signifierait qu’il ‘fonctionne’. Un style aurait alors logiquement une fonction ‘causale’. Planche savonneuse me direz-vous, certainement, mais si on s’appuie sur les fondamentaux durkheimiens, alors la fonction devient principe explicatif et un style posséderait bien les moyens (formels ?) de faire comprendre sa propre mécanique (3). De cette manière il ne serait, ou ne pourrait, jamais être totalement invisible. La contradiction flagrante entre un fonctionnalisme né des préoccupations légitimes soulignées dans nos ping et pong se heurte alors à celle de la visibilité propre au style, même le plus neutre.

On reconnaît le style néerlandais, on peut définir le style postmoderne, on sait la manière grapusienne, etc. Le simple fait d’énoncer la phrase précédente souligne l’importance du rapport entre le style, la manière, et sa fonction notamment celle de reconnaissance. Le style peut, par exemple, définir une époque et la décrire (par contradiction ou par mimétisme) mais ne serait-ce pas là ouvrir la trappe judicieuse dans laquelle tombent certains qui est finalement d’oublier le fonctionnement d’un style pour ne s’intéresser qu’à sa forme, sa surface.
Imaginons encore qu’au contraire de ce que clamait Sullivan, la forme ne suive pas la fonction (4), mais qu’elle soit la fonction même, historiante ou pas, contextuelle ou non.
Je me rappelle ici de la lecture d’un cours de Gilles Deleuze de janvier 1972 (5) où il parle de l’inconscient comme d’une machine désirante. Cette métaphore du désir vu comme une usine souligne la proposition bien connue : “le désir est machine” et dès lors le désir est fonction. Si j’étends cette donnée au cadre élargi de nos ping et pong, c’est surtout une machine qui ne pose pas la question du pourquoi, mais du comment ça marche. Cette question-là est justement celle du fonctionnalisme et de l’anti-fonctionnalisme. Et comme dit Thierry, “si le désir est la véritable fonction, la véritable causalité des langages et de leurs genres, c’est-à-dire liens de parentés, familles et qu’on peut appeler styles, ce à quoi je souscris évidemment avec entrain, le fonctionnalisme a aussi un pourquoi…”

Connectée à celle du style (qui peut hypothétiquement être vu comme une forme désirante (6)) et de la fonction, la question du comment ça fonctionne soulève les arguments cités par Deleuze, “[...] jamais la fonction ou jamais l’usage de quelque chose n’explique la production de cette chose, par exemple jamais la manière dont un organisme fonctionne n’a pu expliquer le mode de production de l’organisme ou jamais le fonctionnement d’une institution n’a pu expliquer la formation de l’institution même. ” (7).
Cet argument deleuzien de l’anti-fonctionnalisme n’est pourtant valable que dans le régime molaire (les grandes machines sociales où “l’usage est toujours second par rapport à la formation” (8)). Dans le régime moléculaire (les micro-machines, le lieu de synthèse du désir), il n’y a pas de différence possible entre la formation et le fonctionnement. Il n’est donc que question du comment ça marche. Et le comment explique à la fois la fonction et la formation. J’entends bien sûr, ici, formation dans son sens premier d’élaboration. La forme pouvant elle aussi être conçue comme une élaboration, le syllogisme est donc permis qui veut que si la formation est une élaboration alors la forme est formation.

Et si la forme est donc la fonction et bien, sans doute, la forme peut être vue comme une ‘machine’ qui produit sans cesse. Un mécanisme se met en place dont il est forcément intéressant de comprendre le comment qui le définit et ce qu’il produit.
Pour Deleuze chaque forme de perception renvoie à un plan de fonctionnement (9) et “chaque forme perceptive renvoie à une figure d’agencement structural” (10). Le style qui porte la forme est en sorte un nouvel outil de compréhension de celle-ci et non plus une coquille parfois vide voire un crime. Nous pouvions nous en douter et avoir donc cette intuition de l’objectivité, ou en tout cas de l’intérêt, de l’adjectif ‘fonctionnaliste’: Form is Function. Style is Function. Peut-être…

La deuxième piste, elle, oublie le qualificatif ‘fonctionnaliste’ et s’intéresse plutôt à l’histoire des allers/retours du fonctionnalisme en graphisme. Je n’y reviendrai pas, Thierry et Vivien l’ont présenté admirablement. Cette histoire se dessine aux travers de la naissance et des usages du fonctionnalisme et il y a finalement et encore quelque chose de très Hobbesien dans le fonctionnalisme : si la forme est ronde c’est parce qu’elle doit rouler. Ce principe de causalité est visible dans les divers processus mis en place, je pense particulièrement à l’exemple donné par Thierry sur le travail de Mevis + Van Deursen sur le catalogue Der Larsen Effekt. Cette exposition éponyme de 2002 au Casino Luxembourg présentait les processus de résonances dans l’art contemporain. Des résonances qui vont de l’amplification au parasitage et qui semblent être au cœur du procédé graphique pensé par les deux graphistes hollandais pour le catalogue. D’une certaine manière c’est effectivement le process, comme dirait Renaud, qui compte plus que la forme finale elle-même qui n’est plus que la conséquence du protocole mis en place.

Il est très heureux (j’aime aussi les coïncidences !) dans ce débat ping-pong qu’Armand Mevis et Linda van Deursen, les pères de la nouvelle génération graphique hollandaise, soient également à l’origine du design d’une revue intitulée If/Then (11). Laissons de côté le graphisme intelligent de ce magazine-livre pour mieux ré-entendre son titre. C’est ici la notion même de condition qui entre en jeu : si/donc. Quoi de plus causal en effet que cette structure conditionnelle ; et si j’osais rebondir sur Hobbes, alors éventuellement la notion de causalité appliquée au champ du graphisme ferait du if/then une des nouvelles origines possibles du fonctionnalisme.

C’est là qu’entre en scène le bonus-track évoqué en préambule. Cette piste empirique, en forme de conclusion à ce ping, propose de se concentrer sur le verbe ‘exister’ de sa question initiale. Car enfin si ce style fonctionnaliste existe, c’est bien qu’il n’est pas une de ces formes surgies ex-nihilo. À moins que le ex-nihilo en question soit effectivement ce bain du vide, du rien pas péjoratif (le vide créateur !), du transparent revendiqué par Beatrice Warde et par les tenants d’une neutralité tangible à la “crystal goblet” (12) qui fait immanquablement repenser à l’illustre métaphore de Stendhal sur le “vernis transparent” (13).
Néo, Rétro, Alter, Post, difficile donc de classer la tendance actuelle qui fait re-exister et ressort de la naphtaline le spectre du fonctionnalisme tendance Style International. Comme le stridulerait mon chanteur préféré Alain Chamfort, “c’est le grand retour du has-been super” (14). Un has-been un peu zombie qui reviendrait des limbes de la neutralité et qui ré-imposerait sa loi du dépouillement et de la simplicité. Une loi infiniment proche de la pensée attribuée à Saint-Exupéry qui voulait que “la perfection [soit] atteinte, non quand il ne reste rien à ajouter, mais quand il ne reste rien à enlever”. En somme un radicalisme au service de l’idée de clarté de la communication et qui a fait sien le principe de Louis Sullivan sur le rapport d’allégeance de la forme à la fonction.

Il n’a pourtant pas fallu attendre longtemps pour reprendre le pouls du fonctionnalisme, du moins en design, et le (re)déclarer moribond. L’article paru dans le New York Times de l’ancienne directrice du Design Museum —et papesse adoubée de la colonne critic design de l’International Herald Tribune—, Alice Rawsthorn (15), mettait dernièrement à mal le cliché sullivanien (hélas trop souvent attribué à d’autres figures célèbres du modernisme). Pour Rawsthorn, les nouvelles technologies ont permis d’étendre le champ des possibles et une simple objet englobe maintenant plus de fonctionnalités qu’on pourrait se l’imaginer en se polarisant uniquement sur sa forme. Prenant l’exemple du iPod Shuffle, Alice Rawsthorn se pose la question de savoir comment deviner la fonction d’une si petite et fine boîte de métal brossé et surtout comment comprendre sa mécanique. À la belle époque de la forme suit la fonction il y avait une évidence de l’usage des objets qui n’existe plus maintenant. Rawsthorn explique que, “la dislocation de la forme et de la fonction impose un nouveau challenge aux designers : nous aider à comprendre les interfaces de plus en plus complexes qui les opèrent” (16).
L’article se poursuit sur l’analyse de l’évolution de ce que l’on appelle l’U.I. ou “user interface” (interface utilisateur). Les travaux de John Maeda à la Rhode Island School of Design (R.I.S.D) innovent en écartant des labos de recherches le diktat de la simplicité. Ses étudiants se penchent sur des approches plus intuitives et font appel à ce que le jargon nomme des human interaction systems (systèmes humains d’interaction). L’homme devient donc la forme fonctionnelle et/ou fonctionnante qui fait réagir tout le système par ses propres désirs, ce qui, vous en conviendrez, n’aurait pas déplu à Deleuze et Guattari.

Serait-ce donc la fin définitive de la renaissance de notre zombie ? Peut-être pas. Car ces objets-intelligents restent formellement aliénés à la simplicité-neutre (on perd tout de même la notion indispensable de transparence). Prenons un exemple bien français. Le Cube de Canal Plus, décodeur qui nous promet que nous ne verrons plus la télévision comme avant. Nous rappelerons au passage que c’est Étienne Robial qui a participé au travail d’identité visuelle de la maison cryptée, reconnaissable par ses formes basiques finalement proches d’une simplicité-style suisse assez antinomique, ironiquement, avec le contenu des programmes de la chaîne. Bref, ce monolithe cubique qui fait penser à une brique de Lego®, embarque une technologie infernale et inimaginable malgré le très beau teaser à la Apple. Qui pourrait se douter que le Cube Canal nous permet de pousser plus loin les limites du temps et de l’espace en nous donnant accès à des programmes non encore diffusés sur le réseau hertzien voire de pouvoir frigorifier le temps et revenir en arrière en visionnage direct. C’est l’écrasement total du temps et de l’espace, intangible si l’on s’en tient à l’aspect de ce cube blanc, banal et archi-simple pixel en 3D.

L’épure donc qu’Adolf Loos appelait de ses vœux dans son essai Ornement et Crime (1908) redonne de la vigueur au fonctionnalisme. À tel point que la récente Biennal of Graphic Design de Brno (2008) (17), sous le commissariat d’Abbott Miller, prend même le manifeste de l’architecte autrichien comme point de départ conceptuel d’un échange en forme d’échos entre modernisme et ornement, entre modernisme et style (18). Il y est question de l’usage formel des rayures pour en venir à une sorte de confrontation des objets et des formes qui pourraient être acceptablement qualifiés de modernes à travers les périodes culturo-historiques.
Il n’est donc pas innocent de remarquer à quel point le fonctionnalisme, né en parallèle du modernisme, semble plaire à nouveau après des années de gloire postmoderne. Et c’est à un véritable hold-up (19) des formes de ce style que nous assistons aujourd’hui. À cette différence prêt, je pense, que la surface de ce hold-up formel, comme les objets décrits par Hawsthorn, cache autant qu’elle révèle.
Ce visible dans l’invisible ré-esquisse aussi l’idée du si/donc comme origine possible de ce style dont l’école conceptuelle hollandaise semble être actuellement la tenante. Il suffit de relire le texte de la conférence de Daniel van der Velden, White Flag Discourse on Neutrality (2004, Viper Conference, Bâle) dans le temple de la pensée formelle suisse, pour saisir la fausse tendance (et le danger ?) à vouloir rester neutre par principe ou par commandement (20). Le style fonctionnaliste ne serait donc que de façade et révélerait, en mettant plus l’accent sur le processus, son intérêt pour les idées et les concepts descendant en ligne droite, parfois oblique, des manifestes et autres passions des artistes des 60-70s. Les graphistes de cette mouvance sont à la recherche de systèmes de fonctionnement comme moyens de réflexion et méthodes créatrices. Et un système n’a certainement pas besoin d’une carapace formelle ultra-élaborée. Au contraire, une fois trouvé le genre de fonctionnement (la fameuse commande If), il s’agit de le nourrir avec les données nécessaires ou imposées et laisser agir la catalyse pour appréhender une forme inattendue (le Then).
En cela le fonctionnalisme actuel s’éloigne de son ancêtre zombie et arpente sans doute, de nouvelles aires de jeu si tant est que le jeu soit la manifestation du fameux If/Then/Play (21). Et de nouvelles interfaces de se mettre en place. Quelles peuvent être alors les nouvelles fonctions de ce fonctionnalisme 2.0 ? That is the new question pong…

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Notes :

(1) Gatens, Moira, ‘Through a Spinozist Lens: Etholoy, Difference, Power’ in Deleuze: a Critical Reader, ed.Paul Patton, Blackwell Publishers, 1996, Londres

(2) Foucault explique dans Les Mots et Les Choses (cité par Gatens et traduit ici par l’auteur) que : “en se projetant dans le champ de la biologie [...] l’homme apparait comme un être possédant des fonctions — recevant des stimuli (physiologiques mais aussi sociaux, interhumains et culturels), y réagissant, s’y adaptant lui-même, évoluant, se soumettant aux demandes d’un environnement. [...] en bref, un être ayant des conditions d’existence et la possibilité de trouver des normes moyennes d’ajustement lui permettant de performer ses fonctions”.

(3)
Émile Durkheim évoque la fonction comme principe dans son livre de 1912 sur les Formes Élémentaires de la vie religieuse : Le système totémique en Australie. Il étudie notamment le système des interdits (sous sa forme du culte) et en tire des fonctions. La forme pour lui est donc principe explicatif. C’est toute l’intuition ironique de mon texte : tourner autour du mot fonction et se dire —en rapport aux textes de Thierry et de Vivien— que le fonctionnalisme, comme style, est aussi celui où la transparence, l’invisibilité qui fait tant peur à van der Velden, devient un visible explicatif.

(4) Form Ever Follows Function est la phrase exacte édictée par l’architecte américain Louis Sullivan en 1896 dans un article intitulé ‘The Tall Office Building Artistically Considered’. Il est intéressant de la replacer dans le contexte de cet article qui érige cette observation en loi :
“It is the pervading law of all things organic and inorganic, Of all things physical and metaphysical, Of all things human and all things super-human, Of all true manifestations of the head, Of the heart, of the soul, That the life is recognizable in its expression, That form ever follows function. This is the law.” (C’est la loi poreuse de toute chose organique et inorganique, De toute chose physique et métaphysique, De toute chose humaine et de toute chose super-humaine, De toutes les véritable manifestations de la tête, Du cœur, de l’âme, Que la vie est reconnaissable dans son expression, Que la forme suit toujours la fonction. Ceci est la loi.)

(5) Deleuze / Anti Œdipe et Mille Plateaux, cours Vincennes – 18/01/1972

(6) Je me réfère ici au livre édité par Philippe Berthier et Éric Bordas, Stendhal et le Style, faisant suite au Colloque sur l’écrivain organisé par la Sorbonne et paru aux Presses Sorbonne Nouvelle 2005. La quatrième de couverture, éloquente, explique que, “toute sa vie, Stendhal n’a cessé de réfléchir à la délicate notion de ‘style’, pensée comme un référent esthétique, ou comme une référence critique. Lecteur, il vilipende les ouvrages écrits dans un style enflé et ‘chargé à couler de sentiments et d’images’, mais s’enthousiasme pour les écritures ‘naturelles’, ‘lisses’ et ‘simples’.”
L’Encyclopédie de Diderot, elle, définit un cadre clair en relation à la notion de forme désirante. Il en va ainsi pour l’entrée ‘style’:
“Quand la matière décèle l’auteur, quand les traits expriment la passion, quand les sons imitent le mouvement, quand les couleurs peignent la chose, quand les tours marquent le sujet, quand le ton répond au genre, quand les termes rendent l’idée ; alors la représentation équivaut à la réalité ; alors la distraction cesse, l’attention croît, le style a toutes les qualités nécessaires pour plaire & pour attacher.” (sv “Style” in Diderot & d’Alembert, 1751-1780, t. XV : 243).

(7), (8) Ibid.

(8) Toni Negri écrit dans son article “Qu’est-ce que la philosophie, selon Deleuze et Guattari” (Multitudes, Hiver 1991) revenant sur la notion de concept chez le philosophe français que “De fait, quand la puissance singulière du concept est réduite à la forme discursive de la fonction, aucune des deux ne survit, et c’est de nouveau le chaos qui règne. Quand la puissance du concept ou la forme de la fonction se trouvent subordonnées à la communication, alors c’est le rapport même à l’être qui vole en éclats. La « doxa » la plus banale, démocratique, populaire, la conversation à la Rorty, se substituent au philosophe qui plonge dans la vie et seul lui rend sa dignité.”

(10) Toni Negri, Ibid.

(11) Notons que le premier numéro de cette revue (ou boogazine !) édité par Janet Abrams en 1999, s’intéressait aux implications des nouveaux média et portait le titre Play.

(12) Beatrice Warde (1900-1969), typographe, enseignante et critique américaine, a travaillé essentiellement en Angleterre. Son article ‘The Crystal Goblet, or Printing Should Be Invisible’ (1955) faisait le parallèle métaphorique entre l’usage d’une typographie ornementée, stylisée, et une autre typique de la neue Typografie. Elle compare une coupe en or, embellie du plus complexe décor, et un verre fait simplement du cristal le plus clair, qui deviennent chacun les réceptacles du plus fin des vins. Warde affirme que le vrai connaisseur boira forcément à la coupe transparente car elle seule peut mettre le plus en valeur le riche breuvage en s’effaçant au profit du contenu.

(13) Malgré sa méfiance pour les métaphores, c’est par une comparaison que Stendhal précise son idéal : “Le style doit être comme un vernis transparent : il ne doit pas altérer les couleurs ou les faits et pensées sur lesquels il est placé”.

(14) Il faut écouter ce summum de chanson française, Le Grand Retour, sur l’album de Chamfort Le Plaisir (2003).

(15) Alice Rawsthorn, The Demise of ‘Form Follows Function’ in New York Times, 30.05.2009

(16) Ibid. traduction de l’auteur

(17) Brno Echo : Ornament and Crime from Adolf Loos to Now, 2008

(18) Abbott-Miller curates Designs

(19) mon intérêt pour la musique est très éloigné de celui de Thierry, pourtant je ne me retiens pas de citer les paroles d’introduction du titre Hold-Up, tiré de l’album Les Princes de la Ville du groupe 113 et qui remet au goût du jour l’art du postiche/pastiche :
“Je postiché, ouais je postiché ! J’ai les mêmes cheveux que Dalida, la barbe de Fidel Castro et un gros berreta ! La guimbardine de Columbo, les lunettes d’Elton John, et la dégaine distinguées des frères Dalton”.

(20) Daniel van der Velden, “There is always the tendency in design to return to necessity, therefore to scarcity, the so-called ‘essence’. Often this wish is packaged as some sort of moral call for temperance, a call for designers to be ‘invisible’, ‘clear’, ‘transparent’ or ‘neutral’ [...]It might be however that today’s ‘neutral’ or ‘invisible’ design is operating in the forefront of international political, cultural and military changes, in ways it couldn’t have imagined before.” (Il y a toujours la tendance en design à revenir au nécessaire et donc à la raréfaction, la soit-disant ‘essence’. Souvent ce vœu est considéré comme une sorte d’appel moral à la tempérance, un appel fait aux designers d’être ‘invisibles’, ‘clairs’, ‘transparents’ ou ‘neutres’ [...] Il se pourrait cependant que la notion actuelle de ‘neutralité’ ou ‘d’invisibilité’ dans le design opère au premier plan de changements politiques, culturels et militaires dans des directions non encore imaginées”.)

(21) voir note (10)

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Notes sur images :

Brno 1-2-3-4-5-6 / Loos_Baker
vues de l’exposition (merci à oinoi)
Abbott Miller a conçu l’entière exposition principale de la Biennale de Brno ainsi que le catalogue l’accompagnant. Le clou de cette exposition étant peut-être la maquette refaite à l’identique de celle conçue par Adolf Loos pour Josephine Baker (The Baker House, 1928). Le principe de l’exposition reposait sur l’interprétation de la forme ‘échoique’ du logo de la Biennale designé en 1964 par Jiri Hadlac.


Brno annex 1-2-3
vues des expositions annexes à Brno Echo. Un parfum de fonctionnalisme 2.0 flottait dans l’air par moments. Voir notamment le travail récent des suisses Adam Machacek et Sebastien Bohner (Brnoannex) et celui de 1968 de Jiri Rathousky (Brnoannex1)


Dvdv White Flag Discourse
durant sa conférence qu’on pourrait lire rapidement comme une critique de la neutralité (ou en tout sa perversité), Daniel van der Velden a présenté en séquence le logo de la croix-rouge (fondée en 1876 par Henri Dunant), un drapeau suisse inversé, sa version ottomane pour les pays musulmans et une nouvelle version qui pourrait être, ironiquement, encore plus neutre (lire notamment le passage de la conférence sur l’absence du designer)


John Maeda Simplicity

Le livre de John Maeda The Laws of Simplicity analyse le design en relation avec nos comportements afin d’élaborer une méthode d’apprentissage de la simplicité. La suite delogos pixels représentent les dix lois qui marquent l’histoire du design et questionnent nos nouveaux environnements cybernétiques (de haut en bas et de droite à gauche : Réduction – Organisation – Temps – Apprentissage – Différence – Contexte – Émotion – Confiance – Échec – Loi cardinale (merci à Antoine et Juliette, plus d’infos sur le blog de Maeda).

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