Ping

Laurens_Janszoon_Coster

Le 2 mai 09 à 21:10, thierry chancogne a écrit :

Il peut paraître étonnant, à l’heure de la mondialisation, de l’immédiateté et, pour ainsi dire, de l’ubiquité unifiante promue et assurée par internet, de parler encore d’histoires et de styles nationaux. Mais il faudrait bien essayer de cerner le penchant qui semble faire se tourner les yeux des graphistes, depuis quelques temps, vers le centre de gravité renouvelé des Pays-Bas. Il est pourtant loin ce temps où la renommée plus ou moins rêvée de Lodewijk Elzevier fit qu’il devint, pour Francis Thibaudeau, l’emblème même de la typographie de l’âge classique, ou Romain ancien. Soit un genre de scène primitive du récit de la typographie pourtant réalisée en Allemagne et en gothique !

On a pu gloser sur la concurrence des pays protestants du livre pour le titre visiblement couru de champion historique de la typographie. Sur la place principale de Haarlem, se dresse fièrement la statue de Laurens Janszoon Coster (illustration 1) que l’orgueil national hollandais revendique comme inventeur original de l’imprimerie contre les conclusions des historiens modernes… Évidemment, nous-autres français blêmissons de jalousie devant une telle place accordée à la graphie plus ou moins typisée au cœur des cultures nationales des Pays-Bas, de l’Allemagne, de l’Angleterre ou de la Suisse. Peu de chances qu’on rencontre dans notre charmant hexagone ce boucher (évidemment batave) qui reprochait à la jeune Frédérique Daubal le manque d’attention dans le réglage de l’approche typographique de l’identité visuelle qu’elle lui proposait ! Mais ce boucher aurait pu être suisse…
Justement il semble qu’aujourd’hui la Hollande des Mevis et Van Deursen, des Daniel Van der Velden et autres Karel Martens ait retrouvé l’ascendant presque exclusif qu’occupa, dans le parnasse du graphisme occidental, soit (sans doute malheureusement) presque mondial, leurs glorieux aînés du style international suisse des années 50-60.

J’ai en tête comme une image, forcément schématique et partielle mais parlante, d’un genre de balancier. Une lente oscillation, un mouvement de bascule qui passerait, au fil du temps et des modes graphiques, des iconodules aux iconoclastes… Des pôles antinomiques de l’image et celui du signe au sens fort du terme. Recueillant, d’un côté, l’iconique et l’index : le ressemblant et l’empreinte ou l’emprunt à la chose même pour paraphraser Peirce. De l’autre, le pôle distancié de la réflexivité, du relief logique et de la construction manifeste du code. D’un côté une « enfance du signe » selon le terme de Daniel Bougnoux, tout baigné de pensée magique et d’indifférenciation transitionnelle. Un mode d’expression forcément subjectif, idolâtre et sensuel, proche du corps, de l’évidence des apparences et de l’immédiateté. De l’autre un pôle qui réfléchirait avec la retenue objective car intersubjective, profonde, essentielle et proprement immédiate : abstraite. Pôle adulte du symbolique lacanien, pôle du signe achevé, mature et arbitraire : du texte et du concept.
Et mon petit récit métaphorique voit ce genre de balancement bipolaire venir définir les centres influents du graphisme par une sorte de tour du monde, ou plutôt des pays industrialisés, et ce, par étape : la Suisse fonctionnaliste, puis les États-Unis pop, puis la France libertaire, puis l’Angleterre punk, puis les États-Unis californiens, puis la Hollande conceptuelle. Tiens, les australiens néo-fonctionnalistes pointent le bout de leur nez. N’assisterait-on pas à un retour des russes forcément toujours plus ou moins constructivistes ?

Bref, il semble que le curseur vienne remettre au centre de la scène graphique une forme hollandaise peut-être nouvelle, avec ses champions et ses écoles comme les Weerkplats, Rietveld, Van Eyck mais aussi l’états-unienne « sous influence » Yale. Et il paraît difficile, en évoquant ce nouveau style international visiblement pragmatique et retenu, de faire l’économie d’une confrontation critique avec l’autre leçon fondatrice et concurrente des pays du livre et de la bière. Le fameux style suisse qui paraît depuis quelque temps un peu en berne, sans vouloir trop faire de jeux de mots et malgré certaines déclarations crâneuses des étudiants de l’Écal…
Stop, passage de témoin, appel à contribution…

————————————————————————
Illustration
(1) Statue de Laurens Janszoon à Haarlem (http://en.wikipedia.org/wiki/File:Statue-Haarlem-Laurens_Janszoon_Coster.jpg)

digg-moi |

Transmettre





email-moi | imprime-moi

1 commentaire pour ″Ping″

  • « Patrick »
    le 7 octobre 2009 a 8:59

    -

    Le pong est prévu pour quand?!!! Je frissonne!