Résultats de la recherche "Volume"

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Futur antérieur

Quelques livres classiques incroyables visibles sur la toile chez les librairies digitales Rare Book Room et Cervantes Project. De haut en bas :
Joannes de Sacro Bosco, Sphaera mundi, 1490, Stanford Library
Louis Renard, Poissons, écrevisses et crabes, de diverses couleurs, 1719, Amsterdam, The Warnock Library
Andreas Vesalius, De Humani Corporis Fabrica, 1543, Bâle, The Warnock Library
Merci à Benjamin et Florian pour ces liens.

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After MX

Vernissage ce soir à La Médiatine de l’exposition Monographies d’Artistes / Arts+08 avec Xavier Mary.

Xavier Mary, Open Donuts.

En art d’une manière générale et en sculpture en particulier, il est recommandé que le labeur ne soit pas rendu visible. Autrement dit, que l’énergie déployée pour le travail soit moindre que celle dégagée par le travail. Cette question énergétique, au cœur de nos sociétés contemporaines du capitalisme tardif, fait l’objet de spéculations scientifiques qui engagent tant notre autonomie vis-à-vis des hydrocarbures en voie de raréfaction que nos préoccupations en matière environnementales. Une des hypothèses est de dépasser la fission nucléaire pour atteindre sa fusion par confinement de plasma (phénomène actif au sein des étoiles), bien plus puissante et radicalement moins radioactive. C’est là qu’intervient le projet ITER – réacteur expérimental thermonucléaire international – mais dont la consommation énergétique dépasse de loin sa production. L’enjeu est de taille puisqu’à terme c’est d’en produire 25 fois plus, de quoi atteindre le seuil d’indépendance pour les pays occidentaux… « du soleil en bouteille » selon le slogan en cours.


Tokamak — Confinement magnétique du plasma pour l’étude de la production d’énergie par fusion nucléaire.Confinement magnétique du plasma en tokamak.

Cette notion de confinement de la matière énergétique au sein d’une structure toriqueOpen/Closed Donuts de Xavier Mary – engendre un choc perceptuel et phénoménologique que Fredric Jameson, en parlant d’architecture californienne, qualifie d’hyperespaces aux rémanences spectrales, avoisinant d’anciennes catégories de clôtures et de frontières cloisonnantes et structurantes, offrant l’illusion de quelques nouvelles et factices libération et interaction spatiales. Sorte de cauchemar virtuel dans lequel la fragmentation psychique est élevée à une puissance qualitativement nouvelle.*
Le confinement, la sécurisation, les enceintes, les murs anti-bruit et les pylônes d’éclairage autoroutiers, constituent les matières tant sculpturales que symboliques, de l’ossature à l’habillage, des œuvres de Xavier Mary.
Autant d’éléments que l’on rencontre en marge, en retrait de nos circuits ordinaires ou, au contraire, qui les balisent sans que nous nous en apercevions.
Ses œuvres sont des quartiers de haute sécurité reliées entre elles par d’autres en cloisons anti-bruit qui y mènent. Non-lieux par excellence des identités individuelles ou de sites géographiques, mais lieux à hauts risques de collusions mentales et physiques potentielles. Œuvres sous tension quant à leur présence mais aussi quant à leur réalité. Elles sont pourtant ancrées dans un réel référencé, le plus souvent d’ordre architectural ou de lieux situés : une verrière Horta, une fortification Vauban, le Pentagone ou Fleury-Mérogis – augmentation sensible du volume paranoïaque – dont il reprend la structure ou le site. Mais à peine cette référence est-elle usitée qu’elle s’use aussitôt pour se déplacer vers une procédure strictement sculpturale de déconstruction et atteindre une tautologie modulaire auto-immune**.

Closed Donuts

CrossOver

C’est une procédure en retournement qui revient à l’architecture par ses modes de conception et de représentation qui permet à Xavier Mary de s’en tenir à une ossature, un assemblage de structures répétitives ou la réalisation d’un hyperespace tout en développant son champ sémantique propre.
Chaque sculpture compose une unité complexe au sens dialogique théorisé par Edgar Morin pour exprimer la fusion (c’est-à-dire à la fois complémentaire, concurrente et antagoniste) de deux – voire plusieurs – logiques ou principes sans que la dualité se perde ou s’évanouisse dans cette unité. Cette dialogique permet à Xavier Mary d’user des porosités de logiques différentes – musicales, urbaines, architecturales, etc. – au sein de dispositifs structurels unifiés qui n’absorbent pas leurs identités ou leur originalité propre. Les antagonismes demeurent et sont constitutifs de l’œuvre comme entité complexe. En cela, elles nous aident à penser la complexité du réel.

R.H.

* Fredric Jameson, « Equivalents spatiaux dans le Système. Monde », in « Le Postmodernisme », p. 183, Ed Beaux-Arts de Paris, 2007
** Hyperactivité du système immunitaire.

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Pecha Kucha Paris volume 6

Derrière ce nom étrange et exotique se dissimulent étapes: et designers interactifs, en partenariat avec Quark, qui présentent une sélection des étudiants et jeunes designers les plus prometteurs du moment. L’événement aura lieu au Divan du Monde, le lundi 29 septembre 2008 à 19h30. L’entrée s’effectuera sur présentation de la confirmation d’inscription réalisable .
En graphisme seront proposés :
Axel Courtière, ÉSAG
Irène Bonacina, ÉSAD Strasbourg
Anthony Fabre, ÉSAAB
Julia Bernard, ÉSAD Strasbourg
Alexandre Elmir & Sitraka Rakotoniaina, ENSAD Paris
Frédéric Tacer, ENSAAMA Olivier de Serres
Sacha Leopold, ÉSAAB
Loïc Cérou, ENSAAMA Olivier de Serres (ex ÉSAAB)
Julian Legendre, graphiste
En motion design, arts numériques :
Slimane Aniss (ex ÉSAAB)
Electrorouge
Miguel Chevalier

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ésaab fin 2008



C’est la fin de l’année et son cortège de jurys. Quelques images des soutenances de Diplômes Supérieurs d’Arts Appliqués et des dossiers de travaux des Brevets de Technicien Supérieur option image de l’ésaab.
De haut en bas, Sacha Léopold et son diplôme de l’unique dans la série, les Délices Littéraires de Clara Sfarti (BTS), le draw lego, la carte blanche et les recherches typographiques de Jean-Philippe Gras (BTS), le diplôme d’Anthony Fabre sur le thème du football, celui de Gwenael Omnes sur le thème de la mesure, l’académie Fratellini par Chloé Baret (BTS), concepteurs lumière sans frontière et un rapport de stage chez Frédérique Daubal par Emmanuel Martinet (BTS).

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Curating the Library by M/M Paris & Office

Hier, j’ai croisé Moritz Kung à la première de « Vernissage » pièce de Transquinquennal créée avec la complicité de Dora Garcia avec comme personnage principal une œuvre de Richard Venlet. Un ovni scénique qui s’est rapidement converti en comédie dramatique, la troupe reconnaissant finalement ne rien comprendre aux propositions de Dora et Richard.
Moritz Kung me rappelait le passage prochain de M/M Paris à Anvers…

Le 26 octobre prochain, à deSingel à Anvers “Curating the Library”, concept mis en place par Moritz Kung, curateur suisse actif principalement en Belgique et aux Pays-Bas est confié à M/M Paris & Office.

M/M Paris / Michael Amzalag & Mathias Augustyniak (F) Créateurs graphiques. M/M arrivent à allier de façon novatrice typographie et ornement. Parmi leurs clients figurent entre autres ARC, i-D, LV, R&Sie et YSL. Langue parlée: français.

Office / Kersten Geers & David Van Severen (B) Architectes. En 2002, ils fondent leur propre cabinet à Gand. Actuellement, ils s’occupent notamment de la rénovation de Wiels, Centre d’Art Contemporain à Bruxelles.

deSingel (Anvers)
20 heures • Petite Salle
Billets € 5
Réservations : +32 (0)3 248 28 28

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« Curating the Library
Des personnalités du paysage culturel international (architectes, chorégraphes, compositeurs, organisateurs d’expositions, philosophes, artistes, musiciens, créateurs, metteurs en scène,…) qui sont liés directement ou indirectement à la programmation artistique de deSingel sont invités à présenter leurs livres favoris. Ces derniers sont commentés au cours d’une conférence et enregistrés sur vidéo.

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« Bibliothèque
Les livres et enregistrements des conférences sont ensuite placés dans une bibliothèque que le public peut consulter pendant les heures d’ouverture des expositions ainsi qu’avant et après les représentations.
La bibliothèque se trouve dans un volume réfléchissant de l’artiste Richard Venlet (sans titre, 2002, 408 x 303 x 283 cm). Ce volume a été réalisé à l’occasion de la participation belge à la vingt-cinquième ‘Biennale de Sao Paulo’ (Brésil) et a reçu, avec Curating the Library, un usage permanent à DeSingel.

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« Vous pouvez consulter ces livres dans le volume réfléchissant de Richard Venlet. La bibliothèque est ouverte pendant les heures d’exposition ainsi qu’avant et après les représentations. »

Zut, je ne suis pas en Belgique le 26…

Ateliers Typo à l’Erg

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#B1 DOUBLER, un exemple pour débuter

Le Module B du cours reposera donc sur des concepts-clés de la surmodernité (terme comme un autre pour désigner l’époque actuelle). Ce premier concept, comme je l’ai laissé entendre au cours, est DOUBLER (à ne pas confondre avec “le double”). Avant de vous lancer dans une quelconque gestation je vous présenterai un certain nombre d’exemples et de références.

Celui-ci pour débuter :

Pierre Huyghe est un artiste que nous évoquerons à plus d’une reprise d’autant qu’il fait la part belle à la typographie dont il confie la réalisation à M/M Paris comme dans ce cas-ci.
Pierre Huyghe, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un artiste français de la magnifique génération de Philippe Parreno, Dominique Gonzalez-Foerster, Pierre Bismuth, etc. Une double rétrospective, l’une à l’ARC(1) à Paris et l’autre à la Tate Modern (2), vient de consacrer son travail dont les subtiles mise en abîmes et rouages narratifs sont impeccablement et implaccablement mis en formes.

Snowhite.jpg

Snowhite2.jpg

« « I do not own Snow White » se réfère à un film antérieur de Pierre Huyghe. Ce film, « Blanche Neige Lucie » (1997), nous présente Lucie Diolène, la doublure française de « Blanche Neige et les sept Nains ». Elle y explique comment Disney a réutilisé sa performance sans son autorisation et comment elle eut finalement gain de cause et retrouva les droits sur sa voix. En lui demandant de redoubler son personnage près de 40 ans plus tard, Pierre Huyghe crée une sensation étrange entre fiction, mémoire et identité. »

Traduit librement d’un texte de Vincent Honoré en anglais dont l’original était en français.

Quelques autres doublements ou doublures (et pas doubles) de ses œuvres :

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Huyghe3.jpg

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(1) Incroyable mais vrai, l’ARC n’a pas de site internet / do not own a website (à moins que vous ne me détrompiez).
(2) Même la Tate Modern se dédouble… doublement. D’une part elle se verra dotée d’une extension du plus du double de sa volumétrie actuelle et d’autre part elle s’était déjà dédoublée par deux fois en ses répliques de Liverpool et de St Ives.

Ateliers Typo à l’Erg

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Tout son a une image-poids…

RENCONTRE autour de « EQUUS (grand véhicule) ».
Sub Rosa & Guy-Marc Hinant & Dominique Lohlé & Lionel Marchetti & Olivier Capparos : compte rendu.

Photographies de la rencontre : Caroline Dath


CD’s Sub Rosa

Sub Rosa, animé par Guy-Marc Hinant et basé à Bruxelles, est un label culte au catalogue encyclopédique répertoriant la multiplicité des expressions sonores.
Guy Marc Hinant : « nous avons voulu constituer un espace de production destiné à éditer des objets. Principalement des CDs. Mais aussi quelques vidéos, de l’hypertexte et, plus rarement, des concerts. Chaque disque est une aventure en soi. Nous explorons principalement deux axes : la musique électronique et samplée et, d’autre part, les archives et documents d’avant-garde. Entre les deux : un certain nombre de projets différents qui sont comme des films sans images ».
C’est dans cette dernière approche que nous a été livrée la composition « Equus, grand véhicule » de Lionel Marchetti et Olivier Capparos en cours de production.

FLASH BACK
Durant l’élaboration du cours de typo en cette fin d’été, je tenais à inscrire au programme la recherche d’écritures abstraites et graphiques en complément au dessin de lettres. Mon souhait permanent étant aussi d’inscrire ce cours dans les approches les plus contemporaines, il m’a semblé intéressant d’étudier certaines structures de composition mises en œuvre en musique électronique. Sub Rosa est à mon sens le label le plus porteur non seulement pour la qualité de son répertoire mais aussi pour le soin et l’attention toute particulière apportée à l’identité graphique de ses collections.
Faisant part de cette intention à Dominique Lohlé, ami et complice de Guy-Marc Hinant, il nous dénicha cet « Equus » autour duquel nous nous sommes tous réunis à l’Erg le vendredi 25 novembre 2005.


De gauche à droite : Dominique Lohlé, Guy-Marc Hinant, Lionel Marchetti et Olivier Capparos

GRAPHISME & SUB ROSA
Guy-Marc Hinant nous a tout d’abord présenté les orientations graphiques du label en insistant fortement sur les notions de série et d’objets. Dès la création du label Sub Rosa cette notion d’objet s’est imposée. Objet sonore et objet visuel, objet à écouter et à regarder. Mais aussi objet industriel reproductible en série opposé à l’objet signé de série limitée. Dès lors, en fonction du marché, tout disque peut être retiré en plusieurs éditions et son graphisme évoluer.


Après nous avoir montré quelques réalisations de la collection « Aural Documents », GMH nous a présenté la collection « Anthologies » dont les 3 premiers Cd’s d’une série de 6 sont édités. Ces anthologies ont la particularité d’être achronologiques et de former, par affinités électives établies par GMH, des œuvres en soi. Le producteur devenant, par analogie aux arts plastiques, curateur artiste de sa collection… Le design magnifique de cette série formera une boucle visuelle en zoom avant puis arrière sur des méthapores architecturales. Le pavillon Philips (antho 1) conçu par Xenakis et Le Corbusier pour l’expo universelle de 58, suivi d’une table de mixage évoquant une ville (antho 2), suivi d’une tour d’ordinateur évoquant un immeuble (antho 3), suivie d’une plaque électronique, suivi de… zoom arrière…


Guy-Marc Hinant présentant les CD’s des anthologies Sub Rosa


Anthologie #1


Anthologie #2


Anthologie #3

Le graphiste de cette collection est Peter Maybury, designer Irlandais émérite et musicien à ses heures.

ACHRONOLOGIES
Dominique Lohlé insiste sur le fait qu’aucune histoire de la musique électronique n’est établie à ce jour et qu’à ce titre les anthologies de Sub Rosa en sont une forme d’écriture. Lionel Marchetti précise qu’en France, par contre, l’histoire du bruit établie par Pierre Schaeffer reste incontournable. Sa théorie et ses recherches systématiques ont eu principalement pour objet l’étude de la spécificité du médium (haut-parleur, dispositif, acte, etc.). En France, le paysage de la musique électronique est fortement marquée de cette empreinte théorique, tout comme celle de Michel Chion. Olivier Capparos ajoute qu’à cet héritage plus traditionnel s’additionne aussi celui des œuvres elles-mêmes. De plus, on pourrait prendre d’autres critères en compte comme par exemple celui de la « duplicité », concept clé à ses yeux. Au vu de ces critères et des œuvres, il n’y aurait sans doute pas de rupture radicale entre musique dite classique et contemporaine et a fortiori électronique.


Dominique Lohlé


Lionel Marchetti

ECRITURE
A ces critères Dominque Lohlé aimerait ajouter celui de la négation de l’écriture qui tisserait un lien entre musique pop et savante (ou électronique)… Lionel Marchetti préfère éviter cette distinction pour en avoir fait l’expérience. Passant du rock à la musique scénique, de la « noise » pure à l’écriture complexe, il ne ressent en rien cela comme une rupture ou distinction qui en ferait un critère de différenciation. Et que sans doute pour retenir ou non des critères il faudrait préciser à quelle musique électronique on se réfère. Lionel Marchetti préfère, en ce qui le concerne, se référer à ce qui a été défini comme de la musique de « haut-parleur » et de la diversité des pratiques liées à ce médium et dont « Equus » est un exemple. Bien qu’ « Equus » ne soit pas à proprement parler de la musique électronique mais plutôt de la musique concrète.


Olivier Capparos (à droite)

COMPOSITION
« Equus », qui signifie cheval en latin, est une œuvre basée sur une expérience de la lenteur, produite par petites touches comme un tableau aurait pu l’être. « Equus », nous dit Olivier Capparos, évoque tant l’animal qu’une langue morte… un corps voilé comme le serait une statue. Une sorte de corps démembré qui renverrait à son origine mais dont on ne rechercherait pas la source mais sa signification nouvelle. Cette notion de recouvrement est essentielle à la composition d’« Equus ». Une source originale recouverte comme on le dit d’une voix. Travestir pour créer une nouvelle présence. Développer une stratégie du recouvrement et procéder en conséquence par strates et par couches. Et de même de manière logicielle en studio. La technique est aussi celle du recouvrement précise Lionel Marchetti.
Enregistrer le son, c’est le bloquer quelque part, alors que le son est par nature volatile. Cette saisie technique est en fait très récente. L’art des sons fixés, de l’enregistrement, est plus récent encore que le cinéma…L’image a été fixée bien avant le son.


Lionel Marchetti (à gauche)

Le sous-titre de « Equus » est « grand véhicule » reprend Capparos, c’est une sonde jetée dans le XXe siècle comme on plongerait une sonde ou une caméra dans un corps, à travers son oreille. Mais c’est un corps qui pose les jalons de l’imaginaire, à la rencontre de choses disparues comme des langues mortes. Cette sonde enregistre des fragments d’histoires, dramatisés par recouvrement… comme des tombeaux dans un cimetière. Des lieux où sont enfermés des personnes, des voix.
Le haut-parleur, précise Marchetti, est aussi une sorte de tombeau. Le son est enfermé entre quatre planches et en sort comme un fantôme. Fantôme parce que ce sont des traces du passé qui resurgissent et sont comme vivants à nouveau. Le haut-parleur est un trou noir sur le passé, qui reproduit ce qui est passé et, comme une photographie vue pour la première fois, conserve et vole quelque chose de l’être photographié. Le haut-parleur fixe… et il contient également un voile sur la membrane, c’est un corps recouvert qui reproduit des voix sans corps. Le haut-parleur est un haut lieu fantômatique.
Pour Capparos, il y a aussi la peur… celle que produit une effigie formée de fragments qui refuse de créer un corps… et pourtant il s’agit de créer un tout. La peur comme celle quand d’un gribouillis dessiné surgit subitement une forme ou plutôt un chiffre précisément indéchiffrable. Un chiffre lié à aucune langue… mais qui nous parle… Ces fragments dont il faut bien former quelque chose c’est comme des organes dispersés qu’il faut réunir ou lier pour recréer un corps.
Pour s’orienter dans ce lieu, nous dit Marchetti, il faut une main courante, un fil d’ariane. Il en va de même dans la composition, on pose des fragments qu’on relie à la recherche d’un corps sonore. La main courante permet de nous glisser dans les fractures, les brèches.

ECOUTER
Je leur fais part de ma sensation d’auditeur. Celle d’une écoute subjective. Celle d’être identifié à un arpenteur qui bute sans cesse sur une impasse spatiale où les agrégats sonores m’accompagnent ou me croisent…
Lionel Marchetti lie cette sensation à la technique utilisée. Il est, bien entendu, possible d’écrire en micro subjectif comme on filme en caméra subjective. Il s’agit de créer des mouvements à partir de sources d’enregistrement et de créer des espaces mouvants par rapprochements ou éloignements.
Olivier Capparos reprend la notion de chemin en rappelant que le mot « anatomie » provient, en grec, du chemin que parcourt le scalpel qui découpe un corps de bas en haut… un chemin qui mène vers l’inconnu, qui est un véhicule dans espace insitué. « Equus » serait une architecture en ruine, un cimetière aux sculptures en ronde-bosse, aux statues en bas-reliefs. « Equus » véhicule un imaginaire de l’influx nerveux. Straub-Huillet, rappelle Capparos, disaient : « nous faisons des films documentaires sur l’influx nerveux ».
« Equus » procède par contrastes et amplitudes sonores intenses pour créer des aberrations topologiques, pour ouvrir des portes qui plongent sur des abîmes.


Olivier Capparos (à droite)

Marchetti insiste sur les pièges sonores. Les contrastes sonores imprévisibles éveillent une conscience auditive nouvelle. L’instabilité est propice à l’écoute consciente. Cette amplitude crée des objets sonores. Chaque son a une image-poids, une masse sonore sur laquelle Marchetti nous dit travailler souvent. Un son lointain, comme celui d’une explosion, qui aurait un volume sourd et intense mais amoindri par rapport à un son proche, d’une mouche par exemple, très sonore, mais dont la masse resterait anodine malgré l’amplitude. Cette volumétrie des sons au sens propre comme au sens figuré est propice à la création des corps sonores.

ENFIN…
Un court débat, dont les propos ont été intégrés dans le texte ci-dessus, a suivi la présentation…



Je tiens à remercier les intervenants pour la générosité avec laquelle ils nous ont relaté toutes ces précisions particulièrement utiles aux développements graphiques que vont entreprendre les étudiants.

RH

PS : Quelques images autour du pavillon Philips de l’expo 58.




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